RDC : des grains de maïs transformés en vin traditionnel

Avec un capital de départ de 30 000 F. Cfa, Kahindo Basahirwa, 36 ans, vend environ 300 litres de « Mandale » par jour et emploie neuf personnes.

Kahindo Basahirwa attendait encore tout de son mari avant que ce dernier ne soit licencié de son travail de conducteur de véhicule au sein d'une entreprise privée locale à Kasindi cité frontalière entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Aussitôt installée à Goma, sa famille se retrouve sans ressources financières, ce qui pousse Kahindo, 36 ans, à se lancer dans la recherche d'un emploi. Elle commence comme serveuse dans un restaurant au centre ville de Goma avant de démissionner pour se mettre à son propre compte.

Avec un capital de départ de 50 USD (30 000  Francs CFA environ), elle devient d'abord revendeuse de « Mandale », un vin traditionnel fait à base de maïs, très consommé dans tous les coins de la ville. Elle apprend à en fabriquer. Six mois plus tard, elle cesse d'acheter du vin et transforme toute seule le maïs qu’elle fournit aux revendeuses.

De 20 litres à 300 litres par jour

Au bout de quelques mois, Kahindo s'est hissée à la place de la première pourvoyeuse de ce vin dans son quartier Majengo dans la partie nord de la ville de Goma. « Par jour, je peux écouler un sac entier de 100 kilogrammes de maïs équivalent à environ 300 litres de Mandale, ce qui est très difficile pour d'autres transformateurs, se vante la jeune femme. La preuve en est qu'au début je ne vendais moi même qu'un bidon de 20 litres du vin ». Au début, Kahindo payait pour moudre son maïs. Mais, depuis un an, elle a acheté son propre moulin pour faciliter la transformation. Certains transformateurs viennent chez elle pour broyer leurs céréales en contrepartie d’une somme d’argent.

Pour produire ce vin traditionnel, Kahindo est aidée par neuf agents. Tous les deux jours, l’agent d’approvisionnement se rend en ville pour acheter du maïs.  La patronne et trois autres agents sont chargés de tremper le maïs dans l'eau, puis, le conserver deux ou trois jours avant de le sécher au soleil. Le reste des employés a pour rôle de moudre le m aïs qui sera par la suite mélangé dans de l'eau chaude afin d’obtenir du vin. Le processus de production dure environ cinq jours. « Ceux chargés du moulin s'occupent aussi d’autres clients qui amènent leurs produits », précise l’entrepreneure.

Industrialiser

Par jour de vente, Kahindo Basahirwa gagne environ 60 000 F. Cfa. Ce qui fait entre 180 000 et 240 000 F. Cfa par semaine. Son capital de départ est passé de 30 000 à plus de 600 000 F. Cfa. Ses clients viennent des villes voisines pour acheter son Mandale et aller les revendre. Grâce au bénéfice issu de ses ventes, cette mère de trois enfants a pu aider son époux à acheter une parcelle de terrain en pleine ville de Goma et à y construire une maison en planches.

Son rêve est d'industrialiser la transformation qui se fait encore de manière traditionnelle et d'employer plusieurs agents. « Je ne lâcherai pas sans avoir construit une maison en dur », lâche-t-elle avec rage. Elle reste convaincue que l'industrialisation de son entreprise rapportera beaucoup d’argent « car ce vin est très apprécié » par les habitants de la ville de Goma. « Pourtant, les bouteilles sont mal faites,  ce qui prouve que si on avait des bons emballages on pouvait vendre plus loin », assure la jeune femme.

Sammy Mupfuni à Goma

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Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.