« Bili-Bili », cette bière locale à base de sorgho et maïs, prisée en Afrique centrale

Elle est consommée du Cameroun au Tchad en passant par la République centrafricaine. Portrait d’une fabricante au Tchad.

Au début, Florence Larmane-Nodji, la trentaine, n’avait même pas pu réunir 30 000 F. Cfa de capital pour démarrer son business. Elle s’est quand même lancée dans la fabrication et la commercialisation du « Bili-Bili », cette bière locale consommée  du Cameroun au Tchad, en passant par la Centrafrique. Huit ans plus tard, cette jeune tchadienne réalise un chiffre d’affaire d’environ 210 000 F par mois, soit environ 55 000 F par semaine.

Florence a appris ce travail auprès de sa mère, dès son bas âge. A l’époque, hommes et femmes prisaient cette boisson. Aujourd’hui, ses recettes dépendent de la période de production du mil : « quand il y a beaucoup de sorgho, le prix du sac aussi diminue (à 12.000f le sac ou moins). Alors nombreuses sont les femmes qui viennent se lancer dedans. Mais quand le prix du sac est élevé (au-dessus de 15.000f), elles ne viennent pas alors on produit plus ». Ce qui fait varier la quantité de production et augmenter ou diminuer le bénéfice.

Elle fabrique 60 à 90 litres par semaine

Cette trentenaire fabrique trois à cinq fois par semaine, le « Bili-Bili ». Elle produit sur trois sites déférents, ce qui booste sa production: « je produis généralement entre 60-90 litres de ce vin. Mes bénéfices naviguent entre 7.000  et 10.000 F. Cfa. Ce qui fait un total hebdomadaire de 40.000F. Avec la crise économique qui sévit, le nombre et quantité des clients a diminué». Une crise qui n’a épargné aucun secteur.

L’argent gagné lui permet de s’occuper de sa famille. Florence Larmane-Nodji assure la ration alimentaire, les scolarités de ses enfants et vient en aide à ceux qui vivent dans la cour commune de leur cité. Sa belle-famille. En dehors de cette bière locale, elle fait également le commerce du sorgho, en association avec ses consœurs. Elles s’approvisionnent auprès des paysans à plus de 50 km de la capitale N’Djamena.

Sa fabrication est longue. Il faut le faire avec précision, pour ne pas intoxiquer les consommateurs. Florence utilise toujours une « quantité raisonnable » de farine de sorgho, consciente que la phase de passage du sorgho à la farine est la plus longue. Elle privilégie le bon dosage, car, le « Bili-Bili » est une boisson alcoolique.

« Ne jamais baisser les bras, car la vie est un éternel combat »

Au quotidien, Florence doit braver les intempéries naturelles et administratives locales. « Le bois de chauffe est devenu très cher, avec la décision des autorités forestières qui  interdisent la coupe. En plus, le prix du carburant a augmenté alors, les chauffeurs ont augmenté leurs tarifs. Ça nous a créé un problème supplémentaire ». Lors de la fabrication, elle court des risques de brûlure, de perdre sa bouillie ou encore de se couper le pied en morcelant le bois de chauffe.

Malgré ces difficultés, elle ne compte pas baisser les bras. Pour elle, la priorité est d’assurer l’avenir de ses enfants et d’aider son mari, sans emploi. Grâce à ce commerce, la réputation de Florence a traversé les frontières de son quartier et de sa ville. Elle vend des boulettes de poisson et gâteaux quand elle n’est pas devant sa marmite de « Bili-Bili ». Son leitmotiv ? « Ne jamais baisser les bras, car la vie est un éternel combat ».

Marabeye Archange, à N’Djamena

 

Réussir sa bière locale:

Comment produire le « Bili-Bili » ? Florence Larmare-Nodji, l’a appris auprès de sa mère alors qu’elle était toute petite. Elle a grandi et depuis 8 ans, cette trentenaire ravitaille son quartier et une partie de sa ville.

Sa fiche technique avec des étapes bien détaillées:

  • Bien laver le sorgho rouge, le faire germer en 3 jours.
  • Le laisser sécher pendant 3 jours puis le moudre
  • Mélanger la farine à l’eau et ajouter selon la quantité quelques litres de gombo
  • Laisser reposer pendant 2h.
  • Se forme alors une pâte de farine.
  • Laisser filer l’eau au-dessus du mélange. Alors recueillir (et garder) l’eau dans une bassine et mettre la pâte sur le feu.
  • Une fois cuit, éteindre le feu et ajouter l’eau recueillie le soir. Mélanger et laisser reposer jusqu’au lendemain matin.
  • Au lendemain, ça devient acide. Alors, presser avec du filtre artisanal (en tissu laine) pour extraire le jus du son du sorgho.
  • Bouillir à nouveau le jus pressé, ce qui va donner 2 solutions distinctes: une plus épaisse et l’autre pas.
  • Séparer totalement l’épaisse de la légère, le temps que ça bout.
  • Après avoir totalement laisser la partie légère, laisser refroidir dans de différents récipients. Le soir une fois froid, ajouter le ferment et laisser reposer jusqu’au matin.
  • Le lendemain matin, la solution doit mousser. Alors le vin est prêt pour la consommation.

A consommer avec modération car le « Bili-Bili » saoule !!!

M.A

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.