agripreneur

agripreneur

Agripreneur dAfrique est allé à la rencontre des camerounais, utilisateurs du charbon écologique.

David Epee Dalle, cinéaste

Le charbon écologique a été une surprise pour moi. Quand je l’ai utilisé, j’ai constaté qu’il mettait plus long que le charbon ordinaire que nous utilisions depuis notre enfance. Il ne fume pas. Il n’est pas toxique. C’est ce qui m’impressionne le plus. Je l’ai découvert quand j’étais de passage au bois des singes, lieu de fabrication. Ça fait un an que je l’utilise et apprécie positivement. A première vue, je croyais que ce charbon était nocif. Des lors que je l’ai utilisé, je n’ai vu aucun inconvénient sur ma santé ou celle de ma famille. Je ne connais pas particulièrement ses composantes. Mais je l’ai utilisé par curiosité et suis devenu un client potentiel. J’ai aussi eu l’impression qu’il est plus économique que le gaz domestique. S’il faut faire un choix ce sera le charbon écologique.

Fabiola Chabou, étudiante : « ça ne noircit pas mes marmites »

Avant le charbon de bois était mon allié au quotidien. Depuis que que j’ai connu le charbon écologique, il y a environ six mois, je me suis abonnée. Il me permet de faire mes économies financières. Il a aussi plusieurs avantages : il brûle bien et vite, ne ne noircit pas mes marmites. La preuve, je n’utilise pas d’éponge métallique pour laver mes marmites. Je fais parfois la cuisine les portes fermées, car aucune fumée.

Ulriche Ngouni, ménagère : «je suis fan de la nature sans pollution »

 J’aime utiliser le charbon écologique, parce que je suis fan de la nature sans pollution. Ce charbon ne fume pas, il ne salit même pas mes marmites pendant la cuisson. Apres ma cuisine, je fertilise mes plantes de maïs, haricot, avec la cendre issue du charbon, ce enrichit le sol. J’ai connu ce charbon écologique, à travers mes recherches sur internet. Certains amis m’en ont aussi parlé. Avec 200F j’ai un kilo de charbon, ce qui est suffisant pour mon repas journalier.

Ornella Djinia , étudiante en génie chimique : «  La cendre du charbon est aussi un fumier »

C’est un très bon charbon. Il est économique, ne fume pas. Je n’ai d’ailleurs pas besoin d’une grande quantité pour faire la cuisson.   Quand je suis dans le besoin, je me rends au marché. J’ai compri les avantages. Je l’utilise pour la cuisson. La cendre est un bon fumier. Je la verse sur mes plants de maïs dans ma cour.

Propos recueillis par Amélie Dita 

    

 

Alors qu’il était étudiant, Muller Nandou Tenkeu s’est lancé dans la fabrication du charbon écologique. Aujourd’hui, ce passionné de la protection de l’environnement réalise un chiffre d’affaires de dix millions de Francs Cfa par an

 Qu’est-ce que le charbon écologique ?

 Le charbon écologique est un charbon qui est produit à partir des déchets comme les peaux de banane, les feuilles de maïs, les déchets de papaye, de mangue... De façon générale, tous les déchets ménagers organiques.

 Doù vous est venu l’idée de fabriquer ce charbon écologique ?

 L’idée nous est venue en 2012, quand nous faisions une recherche dans l'optique de protéger la mangrove du bois de singes à Douala, dans la capitale économique du Cameroun. On s’était rendus compte que les populations coupaient les bois de mangrove pour faire le fumage des poissons et construire des habitations dans la mangrove. C’était un scandale pour nous.

C’est la raison pour laquelle on s’est demandé en tant qu’écologiste s'il ne fallait pas convertir  des déchets de maïs en charbon. C’est ainsi que nous avons fait des tests et nous nous sommes rendus rendus compte que ça fonctionnait bien, et nous avons décidé de nous implanter au cœur du problème, au bois des singes pour sensibiliser tout en proposant notre charbon comme source alternative au bois de mangrove.

 Qu’est ce qui a changé depuis cinq ans ?

 Au départ tout était manuel. On n’avait même pas de site adapté. C’était juste une petite case installée dans la boue de la mangrove. Nous avons commencé à fabriquer des outils artisanaux comme le premier compacteur. On n’avait même pas de chambre à sécher. Un an plus tard, on a commencé à avoir des petites machines qui nous permettaient de produire en grande quantité. Je suis parti de 200 kilogrammes à trois tonnes par mois.

En 2016, nous avons eu la subvention du ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation, qui nous a permis de bâtir une chaine de production semi-industrielle avec des carbonisateurs, des compacteurs, des chambres à sécher, des malaxeurs, des broyeurs. Et depuis, l’usine est vraiment devenue une unité semi- industrielle qui a une capacité de production de près de 22 tonnes par mois. Ce qui nous permet d’avoir un chiffre d’affaire de dix millions par an.

 Quel est le processus de fabrication du charbon écologique ?

Nous collectons les peaux de banane, les déchets de papayer dans les marchés. Nous les transportons jusqu’au site de production. Nous procédons au tri. Ensuite nous passons au séchage, soit au soleil, soit dans le carbonisateur. Puis, le broyage et on obtient les fines poudres que nous malaxons avec de l’eau tiède dans un malaxeur. La pâte obtenue est moulée en plusieurs formes: cylindrique et cubique. Enfin, il ne reste plus qu’à sécher.

 Quelles sont les difficultés que vous rencontrez  dans votre activité ?

 La plus grosse difficulté est la collecte, car elle demande des camions, du carburant et de la main d’œuvre. Nous avons aussi la maintenance des machines. Elles ont des moteurs et fonctionnent parfois avec les sources d’énergie comme l’électricité, et, parfois, notre propre charbon. Du coup, ça devient difficile, parce que la quantité de la production est insuffisante, vu la demande.

 Nous sommes seulement à 22 tonnes par mois, alors que si on produisait 500 tonnes, on parviendrait à couvrir les demandes sur le marché qui viennent du Tchad, du Nigeria, de l’ordre de 500 à 2000 tonnes, mais nous n’avons pas la capacité réelle pour fournir ces commandes. Et c’est un problème sérieux.

 Nous sommes en train de travailler avec des bailleurs de fonds mais, ça prend beaucoup de temps. Il faut fournir des données techniques, financières, administratives et même des données sur des garanties personnelles. Nous avons choisi de faire de l’entrepreneuriat vert et de vivre avec le charbon écologique.

 Quels sont les types de produits que vous fabriquez à base du charbon écologique?

 Le charbon est produit sous différentes formes : le charbon pour la cuisson des repas qui a la capacité de résistance plus élevée que le charbon de bois. Il est aussi moins couteux. Un kilogramme ne coute que 200 FCFA à l’heure actuelle. En dehors de ce charbon nous avons innové, en faisant les produits parallèles comme son allume feu pour faciliter l’allumage dans l’optique de mettre fin aux gommes plastiques qui produisent des gaz toxiques. Nous avons aussi produit du gommage au charbon pour les masques et soins de visages et le savon à base de charbon.

Propos recueillis par Amélie Dita

Fabriqué à base de peaux de banane, plantain, ananas, il est moins coûteux. Moins toxique également. Ce charbon permet de lutter contre le déboisement et protège l’environnement.

Lieu-dit Bois des singes, à Douala, capitale économique du Cameroun. Ce mercredi 4 septembre 2019, Hermine, étudiante en génie chimie remue, à l’aide d’une spatule en bois, l’amidon. Près d’elle, Solantine, étudiante en environnement, dispose sur des petites plaques en tôles les déchets ménagers réduits en poudre. Puis, elle les passe sur une balance, sous le regard d’un superviseur. «Il faut prendre la peine de bien valoriser les déchets », instruit ce dernier.

A l’intérieur de l’usine, d’autres étudiants travaillent sur leur ordinateur. Partis de l’université de Ngaoundéré dans le grand-nord pour Douala, ces apprenants en environnement veulent apprendre le processus de fabrication du charbon écologique. Ils ont frappé à la bonne porte car, depuis près de 5 ans, l’entreprise Kemit Ecology qui les accueille pour leur stage, fabrique du charbon écologique à base des ordures ménagères. «Nous utilisons les peaux de banane, plantain, ananas, peaux d’orange…», détaille Ornella Djigna, étudiante en génie chimique.

Comment donc transformer ces déchets organiques en charbon? Le processus qui se résume en collecte, séchage et carbonisation, a pour objectif premier, de protéger l’environnement. «Nous avons constaté qu’il y avait une coupure abusive du bois qui nous protège contre le réchauffement climatique. C’est ainsi que pour mettre fin à cette avancée, on a pensé à créer le charbon sans dioxyde de carbone à base des ordures ménagères organiques», explique   Bertrand Dassie, ingénieur en énergie renouvelable au sein de Kemit.

Moins coûteux

«Nous transportons les ordures ménagères jusqu’au site de production. On fait le tri des impuretés. Nous passons au séchage, soit au soleil, soit dans le carbonisateur : ensuite, on continue avec le broyage qui nous permet d’avoir les fines poudres. On malaxe avec de l’eau tiède dans un malaxeur et on obtient une pâte», décrit Muller Nandou Tenkeu, promoteur de l’entreprise Kemit Ecology.   Un processus qui impose des heures de travail. « Nous débutons à 8 h par le tri. Le travail s’achève parfois à 22h », poursuit-il.

La trentaine sonnée, le jeune initiateur a réussi à produire le charbon sous différentes formes.«Il y’a d’abord le charbon de cuisine, qui résiste mieux que le charbon ordinaire. Il est aussi moins couteux. Un kilo ne coûte que 200 FCFA. En dehors de ce charbon on a fait des produits parallèles comme l’allume feu pour faciliter l’allumage du charbon écologique et éviter davantage les gommes qui sont toxiques. Nous avons aussi le gommage au charbon qui sert à faire les soins de visage », énumère-t-il.

 Amélie Dita

Mise sur pied par une association locale, elle a pour but dencourager les camerounais à consommer du bio transformé surplace et à réduire le chômage.

Il est précisément 10 h 30 minutes, ce lundi 02 septembre 2019 au mini-supermarché ANPIAT, dont l’intitulé « La maison des paysans » est visible à l’entrée, située au quartier Deido à Douala, dans la capitale économique du Cameroun. Awal Mama, le promoteur, présente fièrement aux visiteurs, potentiels acheteurs, les produits disposés sur les étals. L’ambiance est bon enfant.

« Ici nous avons plusieurs filières: celle de la culture de l’aloe Véra, du karité, du cacao, du nem. L’huile de palmiste, mais, riz, igname, patate. Bref, nous vendons les produits agroalimentaires, cosmétiques, de santé et les objets éducatifs faits à base de bois », présente-t-il.

Produits « Purement naturels »

Le concept de cet espace où des produits sont achalandés sur des étagères est simple: vendre essentiellement des produits des agripreneurs et agripreneuses camerounais et « purement naturels », issus de l’agriculture. «Nous nous ravitaillons auprès des cultivateurs qui sont situés dans les campagnes. En outre, je sors de la matière première dans l’une de mes grandes plantations », précise le promoteur.

Awal s’est lancé dans cette activité après avoir constaté que les camerounais consommaient « beaucoup de produits chimiques, nocifs » pour leur santé. « Plus on mange des aliments sains, plus on prolonge sa durée de vie , croit ce passionné d’agriculture. Or en consommant des produits locaux, naturels, ils soccupent en même temps de leur santé ».

Il y a bientôt deux mois, le mini-supermarché a vu le jour et depuis, il ne désemplit pas. «Il ya déjà beaucoup de visiteurs. Ils sont satisfaits. Je le sais, grâce au registre dans lequel chaque client donne ses impressions de façon discrète », précise t-il. En moins de 80 jours, les ventes journalières sont passées 20 000 à presque 100 000 F. Cfa.

Consommation locale

Au Cameroun, l’agriculture occupe plus de la moitié de la population. Alors le promoteur dans son optique d’encourager la consommation locale des produits locaux, compte ouvrir des boutiques dans toutes les communes du Cameroun. 

« A Douala, il ya un point de vente a Bonanjo et au parcours vita. A Yaoundé, c’est au niveau du centre international de l’artisanat », énumère-t-il. Bien plus, Awal Mama veut   réduire le chômage. «J’ai à ma charge quatre jeunes que j’ai embauchés à Deido ».

Dans le but d’éviter les ruptures de stock et de matières premières, il a mis sur pied l’Association des producteurs inventeurs artisans et transformateurs des produits locaux du Cameroun(ANPIAT). « Nous détectons et faisons ressortir tous les inventeurs clandestins de l’informel et les emmenons a croire à leurs potentialité et les faisons assister aux foires », raconte-il.

La jeunesse, fer de lance de la nation, n’est pas en reste. «  Nous voulons encourager les jeunes à s’intéresser dès la base à la transformation et à l’emploi indépendant en collaborant avec les proviseurs des lycées techniques », poursuit-il.

600 000 F. Cfa de dépenses

Toujours dans le registre des actions, Awal veut aider à exporter les produits locaux partout à long terme. Cependant ce n’est pas un long fleuve tranquille, car l’initiative tarde à attirer les autorités.

« Nous ne sommes pas accompagnés par les pouvoirs publics. Notamment le ministère des petites et moyennes entreprises(PME). Il ny a que le ministère du commerce qui nous accompagne dans le cadre de la visibilité de nos produits. Lors des salons, foires, il nous aide à acquérir des stands a vil prix », précise-t-il.

« Chaque mois j’ai près de 600.000 Francs Cfa de dépenses que j’effectue pour supporter les charges. Notamment le loyer et le personnel  », ajoute-t-il. Pour l’instant Awal, compte redoubler d’ardeur afin de multiplier la clientèle et faire connaître son mini-supermarché « 100% made in Cameroon ». « Nous croyons que lorsque les camerounais vont s’adapter à ces produits, nous allons faire de bons chiffres », espère-t-il.

Amélie Dita

Lancé dans cette activité il y a huit mois, Geovany Carlos Takougueu écoule 300 baguettes chaque jour.

C’est une véritable curiosité pour les habitants du quartier Deido à Douala, dans la capitale économique du Cameroun. Le pain à base de farine de plantain se déguste avec fierté, dans une boutique de transformation des produits locaux. Les potentiels clients, venus acheter d’autres produits, ne retournent pas chez eux sans cette « précieuse » baguette qui captive l’attention.

«Cela fait huit mois que nous avons commencé à commercialiser le pain à base de farine de plantain. Nous nous activons à mettre sur pied notre propre réseau de distribution. Pour l’instant nous distribuons uniquement à Douala», explique Geovany Carlos Takougueu, le jeune promoteur dudit produit.

Le pain de plantain est constitué de plus de 60% de farine de plantain et de farine de blé.  «On met du blé pour le rendre panifiable et le façonner, C’est un pain complet, car il est naturellement sucré», poursuit Geovany Carlos. Bien plus, «il ne contient pas de gluten ni de colorant, bref pas de produits chimiques. Nous utilisons le plantain légèrement mur que nous passons dans le deshydrateur et moulinage, afin d’obtenir la poudre».

Des heures de dur labeur

Le processus de fabrication impose des heures de dur labeur. « On travaille en service d’écart, car il faut surveiller le séchage, le déshydratage de sorte à ne pas détruire les valeurs nutritives. C’est un travail d’art sinon la farine n’aura pas le gout du plantain», précise le promoteur.

Ce pain à base de plantain se consomme comme du pain ordinaire, «se mange avec la boisson chaude, même avec des salades». Dans les boutiques disponibles, on retrouve les baguettes qui coûtent  125 et 500 F. CFA. «Depuis que j’ai découvert ce pain, je ne m’en passe plus. Je prends toujours celui de 125 F. Cfa», raconte Ernestine, une cliente devenue addict à ces nouvelles baguettes.

Au début, Geovany Carlos Takougueu était tout seul. Aujourd’hui, il embauche cinq jeunes âgés entre 20 et 32 ans. «Au départ, c’était difficile. Maintenant je m’en sors grâce aux encouragements des clients. La demande est forte et cela permet à mes employés de couvrir les charges et manger au quotidien», explique-t-il.

 

300 baguettes de pain sont vendues chaque jour

Pour l’instant, la demande est en pleine augmentation. D’après le promoteur, 300 baguettes de pain sont vendues chaque jour. Et Geovany qui reste discret sur son chiffre d’affaires, pense déjà au futur. «A l’avenir, on aimerait atteindre les 1 500 baguettes par jour».

Cependant, le jeune homme manque cruellement de moyens financiers, car pour l’instant, le travail se fait avec de petits appareils. Des machines encore rudimentaires qui ne pourront pas lui permettre d’augmenter sa production.

«Nous avons besoin des moulins de fabrication de farine, les mélangeurs et d’encourager les producteurs en achetant plus de plantains afin de pérenniser l’activité, autrement on sera en rupture de stock et tombera dans les surenchères», soupire Geovany Carlos.

Il pense surtout à étendre ses ventes sur sur l’étendue du territoire nationale. Partout au Cameroun. «On vaudrait faire connaitre notre produit dans tout le territoire et surtout amener les africains à créer à base des produits locaux. Ce pain se conserve d’ ailleurs plus longtemps que le pain ordinaire. Environ 5 jours, il faut juste le garder dans un endroit sec», conclut–il. Car, les clients ne manquent pas. Le pain de plantain est chaque jour demandé par les anciens et nouveaux clients. 

Amélie Dita

 Depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt des entrepreneurs pour la transformation du cacao en chocolat. Si une grande partie de cette transformation est artisanale, elle offre cependant une alternative aux paysans confrontés à la chute du prix du cacao. 

Le petit Rudy a du mal à détacher ses yeux du spectacle qui se déroule devant lui. Du chocolat onctueux dégouline d’une mini fontaine sur le stand d’une Pme. Le gamin tire sa maman venue assister au Salon internationale de l’Agriculture de Yaoundé (Sialy) et se dirige vers l’exposition.

Deux jeunes hommes trentenaires présentent les produits de leur chocolaterie. Ils l’ont appelé « chocolat Nohi»  du nom d’Hippolyte  Nozawo, co-fondateur et Ceo de la Pme : «C’est du chocolat made in Cameroun. Toute les étapes de la transformation se font ici », fait-il savoir. « Nous commercialisons du chocolat à croquer et du  chocolat de pâtisserie. On y retrouve le chocolat noir, blanc en tablette et en coffret ».

« Notre chocolat a la particularité d’être sans additifs chimiques car nous mettons un accent particulier sur la santé des consommateurs. Il est hautement concentré en fèves de cacao et beurre de cacao ce qui lui confère une meilleure qualité nutritionnelle et organoleptique », vante l’ingénieur des procédés agro-alimentaires diplômé de l’Ecole Nationale des Sciences Agro-industrielles de Ngaoundéré. Le jeune entrepreneur fait partie de ces nombreux camerounais intéressés par la chocolaterie.

Du chocolat noir 90% et 60%

Au départ, la start-up Sipo Jus et Fruits proposait des jus naturels à  ses clients. Par la suite, l’entreprise ayant son siège social à Bafoussam dans la région de l’Ouest, s’est lancée dans la transformation du chocolat, encouragée par un formateur qui voyait une opportunité à exploiter. Ses offres vont du chocolat aromatisé au gingembre, du chocolat noir 90% et 60%, du chocolat au lait, en  tablette, dragées, boites et coffrets, etc, pour une fourchette de prix variant entre 100 et 2500 F Cfa.

Les raisons qui poussent des camerounais dans ce créneau longtemps considéré comme la chasse gardée des entreprises occidentales  sont la passion et surtout le désir de redonner au cacao camerounais ses lettres de noblesses. En effet, après le temps faste des années 80, le cacao camerounais a perdu son image de marque au plan international. Il est très peu utilisé par les chocolatiers en France ou Suisse contrairement au cacao de Côte D'Ivoire par exemple.

« Nous voulons valoriser les produits locaux car j’ai été frustré du classement de notre cacao sur le marché international et de la qualification qu’on lui donne. Cet état de notre cacao a éveillé en moi une réelle et ferme volonté de redonner à notre cacao une meilleure image en le transformant en un produit de qualité supérieure qui refléterait la qualité intrinsèque de notre cacao », fait savoir Hippolyte Nozawo.

De ce fait, pour être compétitif sur le marché, les chocolateries du Cameroun s'assurent de la qualité du cacao avant sa transformation. Certains travaillent directement avec du cacao provenant de leurs propres plantations. Chez la Maison du chocolat Sipo Jus et Fruits, le cacao vient de Santchou et Kekem dans la région de l'Ouest.

Plantation 

« Nous commençons par la plantation en traitant le cacao aussi naturellement que possible par la suite la transformation se fait dans le respect strict des règles d’hygiènes et sanitaires en entreprises agro-alimentaires: le port obligatoire des équipements de protection, le respect des procédures... En bout de chaîne, nous faisons analyser un échantillon tiré au hasard des produits par un laboratoire adéquat, pour une sécurité sanitaire de nos produits », explique Hippolyte Nozawo. 

Toutefois, le manque d'équipements appropriés freine les ambitions des entrepreneurs et impact sur leur capacité à produire une certaine quantité de chocolat pour répondre aux besoins du marché local et de la sous-région Afrique centrale.

 «Certaines machines sont importées et d’autres construites localement par des ingénieurs Camerounais. Notons que nous avons eu d’énormes difficultés à trouver des techniciens capables de fabriquer des machines respectant nos exigences, avec le temps nous avons fini par trouver. Actuellement, nous avons une capacité de 6 tonnes de chocolat par an et nous comptons l’augmenter très prochainement », dit le Ceo de Chocolat Nohi déterminer à tirer son épingle du jeu malgré les difficultés. 

 Une école de chocolaterie

« Les difficultés sont énormes. La première étant la main d’œuvres qualifiée. Nous n’avons pas dans notre pays et dans toute la sous-région, une école de chocolaterie, nous devons à chaque fois formé le personnel ce qui a un coût et demande beaucoup de temps. La seconde difficulté est que nous avons un produit qui n’est pas entré dans notre culture et nous devons donc amener les gens à changer leurs habitudes alimentaires. Choses pas du tout facile et qui demande beaucoup de patience ».  

Toutefois, les retours des clients ayant succombés à leur chocolat montrent que la demande existe. Il faut se rapprocher d’elle. En mai 2019, la Maison du chocolat Sipo Jus et Fruits a ouvert une boutique au Carrefour Meec à Yaoundé après celle de Bafoussam.

« lorsque des clients vous disent que votre produit leur permet d’être plus productif au travail, que ça calme leur mal de nerfs, lorsque la satisfaction du client va au-delà du simple plaisir gustatifs, vous sentez que vous êtes en train de faire quelques choses de bien pour les hommes et les femmes du pays et il y a pas plus grande joie que celle-là », se réjouit Hippolyte Nozawo. 

 

 Elsa Kane Njiale

A la tête dun restaurant proposant des plats à base des produits camerounais, cette jeune femme a ouvert une structure spécialisée dans la vente des produits naturels et bio.

Titulaire dune licence en psychopédagogie, Nafissatou Oumarou est institutrice à l’école primaire de Bamyanga dans la région de l’Adamaoua au Cameroun. Cette jeune femme âgée de 35 ans veut pousser les camerounais à consommer les produits locaux.

Institutrice, restauratrice, agricultrice Doù vous vient cette passion?

Je suis une entrepreneuse qui s'est lancée le défi de créer des emplois et de développer des richesses dans ma ville, Ngaoundéré (dans la région de l’Adamaoua au Cameroun). J'ai d'abord commencé par la vente des produits naturels et biologiques. Ma structure sappelle Oriental Bio. Ensuite j'ai évolué en ouvrant un restaurant dont le nom est Oriental Foods. Nous avons mis en place Oriental Bio en juin 2017 et Oriental Foods en novembre 2018. Dans nos entreprises nous vendons des produits naturels, biologiques et locaux.

Que fait Oriental Bio ?

Chez Oriental Bio, nous proposons des produits tels le gingembre moulu, Le curcuma moulu, LHuile de coco, de sésame, de carotte, d'avocat, de neem, la spiruline en poudre, des graines de nigelle.......

Que proposez-vous chez Oriental Foods ?

Nous proposons des plats locaux comme le foléré, du ndolè, du Gombo accompagné du couscous de mais, du hamburger et frites de pommes, du foie sauté... Nous faisons des livraisons à domicile et dans les bureaux administratifs. Les plats les plus demandés sont le Ndolè même s’il n'est pas un plat traditionnel de chez nous (Ngaoundere). Les enfants aiment beaucoup les hamburgers.

DOriental Bio à Oriental Foods. Comment s’est fait votre évolution ?

Pour décrire l'évolution des deux entreprises, je dirai que Oriental BIO a bien évolué, ce qui a permis d'ouvrir Oriental Foods. Et bientôt nous envisageons de nous lancer dans l'agriculture (pommes de terre et tomates) et l'élevage (pisciculture, poulet de chair). Pour le moment nous sommes en train de mettre sur pied un champ de tomate et de pommes de terre. Chez Oriental Bio, Nous avons un employé à plein temps et deux employés à temps partiel (lors de la production et étiquetage). Chez Oriental Foods, nous avons deux employés à plein temps pour l'instant.

Au Cameroun comme dans de nombreux pays en Afrique, les agripreneurs rencontrent beaucoup de difficultés…

Dans une ville comme Ngaoundéré, il est vraiment difficile de convaincre les gens de consommer les produits locaux avec un beau packaging. Car ils se plaignent, en disant qu'on peut trouver la même chose sur le marché, à un prix très bas. Pourtant nous avons des prix abordables. Chez Oriental Foods, nous avons eu quelques pertes car les clients n'affluaient pas. Parfois nous ne vendons rien pendant toute une journée ou même deux.

Malgré ces difficultés, vous ne baissez pas les bras. Quels conseils pourrez-vous donner aux jeunes et plus particulièrement aux femmes souhaitant se lancer comme vous ?

C'est de s'accrocher à leur rêve et de faire face aux difficultés quelque soit l'ampleur. De ne jamais abandonner, de rester sur la voie, de se former dans plusieurs domaines (informatique, comptabilité, développement personnel...). De prendre exemple sur ceux qui ont réussi en s'inspirant d'eux.

Propos recueillis par Théophile Minlo

Pour s’approvisionner en eau, les populations des zones rurales parcourent plusieurs kilomètres par jour. Ceux-ci gravissent des collines à pied, parfois à vélo ou à dos d’ânes pour collecter le précieux liquide. Des projets envisagés par les pouvoirs publics sont presque tous tombés à l’eau.  

Assise à même le sol, entouré par des récipients vides, Ndelmé attend son tour. La main sur la tête, la cinquantaine révolue, elle s’est levée de bonne heure à la recherche de l’eau. Mais face à l’affluence, elle est contrainte d’attendre. Au bout de quelques heures, l’attente devient longue pour cette dernière qui a dû parcourir des kilomètres à pieds pour rallier l’unique point d’eau du village.

A quelques mètres de là, Sophie est couchée au sol. En plein sommeil, au milieu des bidons, elle se lasse de la longue et folle attente. Soudain, des éclats de voix autour du point d’eau interrompent son sommeil. Vêtue d’un maillot de couleur rouge et d’un pagne vert, elle suit avec attention, l’ordre de passage des chercheurs d’eau. La quête de l’eau. C’est le casse-tête quotidien de la population de Katamsa, une localité de l’arrondissement de Mokolo, département du Mayo Tsanaga, dans la région de l’Extrême-Nord.

« Nos épouses quittent la maison à 2h du matin »

La forte demande oblige la population surtout la gente féminine à passer des journées entières en attente du précieux liquide. Sous un soleil de plomb, femmes et enfants font le pied de grue. Il faut souvent l’intervention du chef du village pour organiser la quête de l’eau. « Nos épouses quittent la maison à 2h du matin pour aller à la recherche de l’eau. Elles y passent presque toute la journée. C‘est vraiment pénible », explique Bami Kikidey, le chef du village de Katamsa. « Dans cette bourgade peuplée d’environ 1000 habitants, un seul point d’eau est disponible » confie le chef de Katamsa.    

Autre lieu même attroupement. A Mohur, arrondissement de Mokolo, non loin de Zamai, des récipients vides tutoient le ciel. Ici, c’est un forage pour 2000 personnes. Une opportunité que n’ont pas eue les habitants de Mokio. Dans ce village de Tokombéré, département du Mayo-Sava, « la population se rue vers les lits des mayo asséchés pour recueillir de l’eau. Qu’importe la qualité. L’essentiel, c’est d’avoir quelques gouttes. De quoi étancher la soif avant que la source ne tarisse », lâche, toute furieuse, Wachké, habitante de Mokio.

Selon le Lawane de Souledé-Roua, « les gens partent à Mokolo ville avec des ânes au moins à 18 km. Les femmes et les enfants quittent la maison à 2h du matin pour ne revenir qu’à 7h ou à 8h du matin avec des pousse-pousse et des ânes ». Les propriétaires des tricycles ont développé un business juteux autour de l’eau. « A Souledé-Roua, un bidon d’eau de 25 litres se vend à 200 F CFA », relève sa majesté Ganagued.

« Si on avait de l’eau, mes enfants ne seraient pas morts… ».

« A Wolordé, l’eau boueuse n’est pas usée. C’est une eau potable aux yeux des populations », ironise Maliki Jacques. Dans cet autre village du département du Mayo Sava, l’eau est une denrée rare. Pour se procurer quelques gouttes, la population est contrainte de creuser dans les lits des mayo. Seulement, la quête de l’eau fait régulièrement des victimes au sein des familles. C’est le cas d’Abassi. Dans la douleur, il porte encore le deuil.

Ce dernier vient de perdre 4 de ses enfants. Ils sont morts écrasés par un bloc de terre alors qu’ils cherchaient de l’eau en compagnie de leur maman. « Mes enfants et moi sommes allés au marigot chercher de l’eau. Il faisait tellement chaud. Mes quatre enfants sont allez s’abriter à l’ombre. Soudain, un bloc de terre est tombé sur eux. J’ai appelé les secours. C’était trop tard. J’ai perdu 4 enfants », relate avec peine, Maryamou Bouba, la mère des disparus.

Doudou, l’ainé âgé de 12 ans, est entourée par ses frères Bappey, 10 ans, Ndotti, 3 ans et Chantal, la plus petite, à peine 9 mois. Tous reposent à un jet de pierre de la maison familial. « Nous n’avons pas d’eau ici. Nous parcourrons des kilomètres à pieds pour aller puiser de l’eau. Nous souffrons tellement. Mes quatre enfants sont morts parce qu’ils cherchaient de l’eau. Si on avait de l’eau, mes enfants ne seraient pas morts », témoigne, meurtrie, la maman éplorée. Maryamou Bouba ne quitte pas des yeux l’unique enfant qui lui reste. Avec tendresse, elle témoigne toute son affection à ce dernier.

Des projets de construction des points d’eau sont tombés à l’eau. Les promesses des élus locaux ont taris. Assoiffée, la population crie à l’abandon. « Nous allons jusqu’à Dogba chercher de l’eau. Nous parcourrons au moins 100 km. Il y’a au moins 500 personnes dans notre village. Il y’a pas de forage chez nous. On nous dit toujours qu’on va nous apporter de l’eau. Mais jusque-là, rien. Nous souffrons tellement », se lamente Abassi, habitant de Wolordé.

Promesses non tenues.

Face aux difficultés d’accès à l’eau auxquelles font face les populations, le gouvernement a mis sur pied quelques projets. Notamment la construction de 3000 forages. Annoncé depuis 2011, dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, le projet tarde à prendre corps ; en dépit de sa réactualisation en 2016 à la faveur d’un mémorandum d’entente avec un consortium d’entreprises formé par la société française Vergnet Hydro, deux société chinoise et une Pme locale pour un montant global de 25 milliards.

Les promesses d’extension du réseau d’eau à partir du barrage de Mokolo pour Mora et Kolofata prévue depuis 2005 ont accouché d’une souris. Il était question de desservir 34 localités sur un tracé de 67 km, en construisant 67 bornes fontaines. Le manque d’entretien et la mauvaise gestion de ces points d’eau a eu raison de ces bornes fontaines. Aujourd’hui, c’est à peine 10 bornes fontaines qui sont fonctionnelles.

Le projet d’extension d’eau à partir du château d’eau de Mokolo jusqu’à Roua sur une distance de 37 km pour 30 bornes fontaine n’a pas également prospéré. Seulement 6 bornes sont effectivement sorties des terres. En outre le projet d’adduction d’eau de Mindif, via la station de captage de Loubour, d’un montant de 980 millions de f cfa devant alimenter 34 localités sur un linéaire de 15 km avec 44 bornes fontaines tâtonne. Egalement annoncé en grande pompes, la construction des mini-barrages de Dazla, Midré et Mazam dans l’Extrême-Nord sont resté lettre morte.

Pas une goutte deau

La ruée de la population vers des eaux de mauvaise qualité ont des conséquences fâcheuses sur le plan sanitaire. L’hôpital régional de Maroua reçoit beaucoup de cas de maladie lié à l’eau. « C’est toutes les tranches d’âges qui sont atteintes. Mais, les enfants de moins de 5 ans et les vieillards sont les tranches d’âges le plus vulnérables », explique Dr Vohot Deguimé, directeur de l’hôpital régional de Maroua. « Le problème de l’eau et des maladies hydriques est liée à la consommation de la mauvaise qualité d’eau, à la mauvaise utilisation de l’eau ainsi qu’à l’insuffisance de l’eau », ajoute-t-il.

Selon des statistiques, au Cameroun, il y’a un point d’eau pour 1020 personnes. Une réalité en dessous de la moyenne. Pourtant, le ratio prévoit un point d’eau pour 250 à 300 personnes. 65% de la population n’a pas encore accès à l’eau potable.

Pour les populations des zones rurales de l’Extrême-Nord, « l’eau a cessé d’être une nécessité. Chez nous, l’eau est un luxe que beaucoup peinent à s’offrir », fait savoir, Maliki Jacques. Les chercheurs d’eau, s’habituent peu à peu à la vie sans eau. Dans la maison familiale d’Abassi, les réserves d’eau sont épuisées. Pas une seule goûte pour étancher la soif des enfants. Dans la cour de la maison, des sceaux et des bidons vides attendent d’être remplies. « Seul le retour des pluies viendra mettre un terme à nos souffrance. Mais, nous devons encore attendre plusieurs mois. Car, ici, la saison sèche dure 8 à 9 mois l’an », se désole Abbassi, les yeux rivés vers le ciel.

Dewa Aboubakar

A 25 ans, la jeune femme a commencé par un apprentissage dans une ferme de 15 porcs.

Au quartier Angone 1 dans la ville dOyem au Gabon, Alvina Doris Ntsame Akono est une fermière pas comme les autres. Cette jeune femme âgée de 25 ans produit en moyenne 500 poulets de chair toutes les 8 semaines.

De la volaille quelle écoule sur le marché local. Car, «à Oyem, le poulet est une viande très prisée lors des cérémonies familiales», senthousiasme Alvina qui prévoyait den élever mille.

Mais, faute de moyens financiers, la jeune femme daffaires a revu ses ambitions à la baisse. Pour un temps, bien évidemment. « Petit à petit, mon entreprise prend de l’ampleur et mes produits sont de plus en plus demandés», sourit-t-elle.

Apprentissage

Rien ne prédestinait pourtant cette pétillante jeune femme à une carrière d’éleveuse. Alvina arrête l’école en classe de 4ème au Lycée Technique d’Oyem, par manque dargent. Cest alors quelle rencontre un ami, éleveur à « plein-temps », qui la plonge dans le métier. Elle se passionne en quelques mois pour l’élevage et débute l’apprentissage dans une ferme de 15 porcs. En décembre 2018 , elle se sent prête et se lance.

Comme Alvina, les habitants dOyem sont en majorité des petits exploitants agricoles et éleveurs. Ici, le sol est fertile, la demande en viande de volaille et porcine est sans cesse croissante. Des populations veulent alors consommer «local et frais».

Cependant, la plupart des fermiers ont peu accès aux semences et à l’aliment pour leurs bêtes. A cela s’ajoute le manque de formation (bonnes pratiques et gestion d’élevages modernes).

Provenderie

Il y a trois ans, la dynamique Alvina Doris a été sélectionnée avec plusieurs autres exploitants, membres des coopératives des éleveurs, pour participer à une formation sur la formulation d’aliments pour bétail et la gestion de coopérative, dans le cadre du projet d’« appui à la promotion des petits élevages par un meilleur accès à l’aliment pour bétail au Gabon», mis en place par le Gouvernement gabonais. Il consiste à valoriser le potentiel de la matière première disponible pour la fabrication d’aliments danimaux.

Après ces formations théoriques et pratiques, une provenderie équipée grâce à l’Organisation des nations pour lalimentation et lagriculture (FAO) a été mise à la disposition des coopérateurs. Une aubaine pour Alvina Doris désormais plus outillée

« Mon ambition est d’accroitre ma production à 5000 poulets de chair d’ici à 2 ans et d’employer des jeunes gabonais afin d’inonder le marché local voire national avec mes produits!», conclut la jeune femme, armée de son éternel sourire.

Théophile Minlo

(Avec FAO)

Son modèle d’organisation séduit de nombreux jeunes apprenants du Cameroun.

Louis Ndzié avait seulement 25 ans lorsqu’il a eu l’idée de créer l’Institut agricole d’Obala (IAO). Le projet a été le thème de son mémoire alors qu’il était étudiant à l’Ecole d’agriculture St Joseph de Breuil sur Couze en France entre 1991 et 1993. Son rêve d’enfance s’est donc réalisé. Mieux il n’a pas seulement changé sa vie et celle de son épouse française, Ludivine Le Bras Ndzié, diplômée en biologie cellulaire et génétique qui travaille aussi à l’IAO. Mais celle de nombreux jeunes agriculteurs. Particulièrement ceux de la zone rurale.

Samedi 2 mars 2019, l’IAO a servi de cadre à la visite d’étude effectuée par les agri-entrepreneurs invités au 1er Sommet international de l’entrepreneuriat agro-pastoral des jeunes. Venus du Burkina-Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Tchad, du Brésil, de la Gambie, de la Mauritanie, de Madagascar, les jeunes africains se sont imprégnés de ce projet vanté comme innovant au Cameroun. Et qui sert de Centre d’incubation au Programme de promotion de l’entrepreneuriat agropastoral des jeunes (Pea-Jeunes).

Technique de qualité

Situé à Obala, à une quarantaine de kilomètres de Yaoundé la capitale du Cameroun, « L’IAO a été créé pour offrir une formation en technique de qualité et faciliter l’insertion des jeunes dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage. Le cycle va du Bts, licence ingénieur au masters », explique son fondateur.

Le fonctionnement de l’IAO repose sur 3 piliers. La formation qui répond aux besoins de jeunes aux profils variés. « L’école dispose aussi d’une ferme de près de 50ha où les étudiants ont une formation pratique », explique un étudiant.

L’exploitation agricole sert aussi à renforcer l’autonomie financière de l’institut. Une partie des produits de la ferme sont vendus sur les marchés de Yaoundé. S’étant rendu compte que plusieurs étudiants avaient du mal à se mettre à leur propre compte faute de compétences en gestion et management  des projets, Louis Ndzié a mis en place le Dispositif de développement de l’entrepreneuriat rural (DDER) qui forme les 18-35 ans en gestion économique de projet agricole.

Reconnaissance de lEtat

A L’époque de sa création dans les années 90, il existait très peu de structure de ce genre dans tout le département de la Lékié dont dépend la commune d’Obala. L’IAO est venu combler un grand vide en offrant d’autres perspectives d’avenir à la jeunesse dans un contexte où la course était à un emploie à la fonction publique. Le chemin pour imposer l’agriculture comme métier d’avenir a été long. Il a fallu batailler auprès des parents, des autorités est les élèves eux-mêmes pour imposer sa vision. C’est en 2003 pour que l’IAO ouvre sa 1ére formation reconnue par l’Etat.

Aujourd’hui les défis de l’Institut agricole d’Obala restent importants. Il lui faut plus de ressources financières par exemple. Mais l’Etat du Cameroun et des Organisme comme le FIDA travaillent encore avec le projet. Ce qui est un bon espoir pour les jeunes qui viennent de tout le Cameroun pour se former.

Elsa Kane Njiale

Page 1 sur 15

Agriconseil du mois

Garfa Fatimé Aldjineh, la 2ème femme architecte de l'histoire du Tchad qui élève des poules pondeuses: «Il faut que mes sœurs sachent qu’il n’y a pas de métiers spécifiques aux hommes, car nous pouvons faire autant qu’eux. Nous devons innover et croire en nos potentiels pour arriver au bout de nos rêves. Etre humble dans ce qu’on fait et toujours demander des conseils pour mieux avancer».

ad-banner3