Cameroun: le business lucratif de la rappeuse à manioc

Cameroun: le business lucratif de la rappeuse à manioc Epluché et lavé, le manioc passe à la rappeuse avant la transformation en tapioca. Crédits: Agripreneur d'Afrique

A l’ouest du pays, Elias Mamouna gagne en moyenne 70 000 F. Cfa le mois.

 Elias Mamouna, alias « Aladji » a 38 ans, une barbe de plusieurs jours et est le chouchou des femmes. La raison ? Il tient l’unique rappeuse à manioc de son quartier à l’Ouest du Cameroun. Achetée à 350 000 F. Cfa, cette machine leur facilite la tâche. Elles n’écrasent plus à la pierre ou avec un grattoir, comme il y a une décennie.  

Elias Mamouna, 38 ans, tient l'unique rappeuse de son quartier. Il gagne en moyenne 4 000 F. Cfa par jour. Crédits: Agripreneur d'Afrique

Chaque jour - mercredi et samedi, les deux grands jours de la semaine- des femmes, foulards sur la tête et pagne négligemment nouée aux hanches, défilent à tour de rôle. Elles viennent râper les tubercules de manioc. Certaines ont des bassines, d’autres des brouettes entières.

Sur le site, les femmes s'activent. Certaines épluchent les tubercules de manioc. D'autres les lavent pendant que certaines les amènent à la rappeuse. Crédits : Agripreneur d’Afrique

Elles sont toutes vendeuses de tapioca, plus connu sous le nom de « sauveur » au Cameroun. Elles sont une trentaine. Sur-place, elles épluchent, lavent avant de s’aventurer près d’Elias, sous l’arbre où est posée sa machine, pour la dernière phase. Elles sont aidées par leurs enfants.

Durant les grandes vacances, les enfants aident leurs parents. Crédits : Agripreneur d’Afrique

Elles doivent débourser entre 300 (une bassine) et 1000 F. Cfa (une brouette ou porte-tout). « Je gagne en moyenne 4000 F. Cfa par jour », confie Elias qui jongle entre les intempéries. Sans abri véritable, à l’exception de son vieux parasol qui s’envole au gré du vent, le jeune homme doit ranger sa rappeuse durant les pluies. « Un manque à gagner énorme », dit-t-il.

Epluché et lavé, le manioc passe à la rappeuse. Il est par la suite transformé en tapioca vendu par les femmes. Elles utilisent l'argent pour prendre soin de leur famille. Crédits: Agripreneur d'Afrique

S’ajoutent les pannes régulières : moteur, bobines à grattoir endommagées… Mais, ce père de 7 enfants, propriétaire des plantations de maïs et manioc, refuse de baisser les bras à cause des femmes qui « se battent pour nourrir leur famille ». « Je vends du tapioca depuis 20 ans. Elias nous a tellement facilités la tâche », confirme Clarisse Yakep. Aladji acquiesce en souriant. Il rêve de monter un GIC de producteurs de tapioca et d’agrandir son activité en une mini-usine de transformation…

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Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.