Un camerounais veut «créer une fiche technique » de fabrication du bâton de manioc

Des femmes participant à l'édition 2016 du concours du bon bâton de manioc Des femmes participant à l'édition 2016 du concours du bon bâton de manioc Afrique et Nouvelles interdépendances

Romuald Dzomo Nkongo, installé en France depuis une quinzaine d’années, organise le concours du plus bon bâton de manioc dans le département de la Lekié, depuis deux ans.

Après un parcours scolaire couronné par une licence en droit privé à l’université de Yaoundé 11, le jeune homme s’est envolé pour l'Hexagone. Admis à Sciences Po Paris, il en est sorti diplômé en 2003 en métiers du développement. Durant sa scolarité, celui qui se décrit toujours comme un « fils du Cameroun et de la Lékié» y a fondé l’association Afrique et Nouvelles Interdépendances (ANI).  Son Cameroun natal n'est jamais éloigné de son coeur. Entretien…

Pourquoi avoir décidé de lancer en 2016 le concours du « bon bâton de manioc » ?

Nous avons noté que les femmes s’intéressaient à la culture du manioc et à sa transformation dans des conditions souvent pénibles. Nous y avons donc conduit une expérimentation qui s’est achevée par la création de la coopérative manioc Minkang mi tsera (C2MT). Il s’agit à travers le comité de gestion créé, de renforcer ses capacités des bénéficiaires.

Ensuite nous avons mobilisé le programme pionnier avec lequel l’association a monté un champ semencier de boutures améliorées. L’idée d’un mini festival a émergé. Nous l’avons réalisé au village avec un certain succès.  Puis nous avons souhaité décloisonner l’initiative pour capitaliser l’expérience et montrer aux femmes qu’elles pouvaient être valorisées en faisant mieux. C’est ainsi qu’est né l’idée du concours du bon bâton de manioc. Rassembler les coopératives et les consommateurs autour de ce met fédérateur connu de tous, en faire un levier pour passer de l’agriculture villageoise à l’agriculture génératrice de revenus.

Au Cameroun, le manioc est l’une des cultures les plus pratiquées. Ses dérivés sont nombreux. Pourquoi avoir limité le concours au bâton de manioc ?

En fait nous souhaitons créer une identité forte marketing autour d’un seul produit : le bâton de manioc. Pourquoi le bâton de manioc que nous tous connaissons et consommons ? Vous vous rendez compte, la même femme fait difficilement le même bâton de manioc deux fois. Le savoir-faire traditionnel existe mais on ne l’a jamais capitalisé. Nous souhaitons créer une fiche technique avec l’aide d’ingénieurs agroalimentaires et des instituts de recherches en conservant une forme de savoir-faire ancestral. Nous souhaitons progressivement accompagner les femmes pour qu’elles produisent en quantité et à l’identique le même bâton pour consommation ménagère et vente. Une foire annuelle du bâton de manioc couronnera le tout. Ce sera un temps convivial, festif, mobilisateur dédié au manioc et l’un de ses dérivés le plus connu : le bâton de manioc.

Quel rapport pouvez-vous dressé de la 1ère édition de ce concours ?

Parti d’une coopérative, nous en avons fédéré d’abord 15, puis 26. Le projet a permis la création du REPTRAMAL animé par une équipe dynamique. Ne dit-on pas que l’Union fait la force ? Le réseau est aujourd’hui suivi. Des animations sont organisées. Des formations de renforcement de capacités. Par ailleurs nous avons décloisonné ses coopératives villageoises. Elles ont bénéficié des appuis multiformes. Les autorités administratives se sont intéressées à ce concours validant et légitimant la démarche.

Qu’apporte votre concours dans le développement de la Lekié…

Le concours essaie de créer un moment convivial autour d’un met connu, le bâton de manioc. Il mobilise différents partenaires locaux (mairies, élites), nationaux et internationaux comme la diaspora. Progressivement, le comité d’organisation veut en faire un élément phare national et pourquoi pas sous régional.

Quels sont les critères de sélection du plus beau bâton de manioc ?

Les candidats devront déposer un lot de 10 bâtons de manioc ayant une taille comprise entre 50cm-60cm ou 20 à 25 nœuds pour une section moyenne (emballée) de 2 à 3 cm emballé dans des feuilles de plantes herbacées de la famille  des Marantacées, sans expansion, le mercredi 27 juillet entre 10h et 11h à la Mairie de Sa’a. Aucun bâton ne sera admis au-delà de 11 heures.

La longueur des bâtons de manioc sera mesurée avec une marge de 5 cm en plus ou en moins est acceptée lors de la mesure. Tous les bâtons dont la longueur ne sera pas comprise dans cette fourchette, seront automatiquement écartés de la suite du concours. Lors du dépôt, les bâtons devront être accompagnés d’une enveloppe cachetée sans annotation extérieure, dans laquelle sera indiqué le nom, prénom, adresse et téléphone de l’association candidate. Chaque candidat se verra attribuer un numéro d’ordre, de façon à garantir l’anonymat. A chaque participant de certifier sur l’honneur que les bâtons présentés sont bien de sa propre fabrication. L’association n’est pas tenue pour responsable.

Un jury composé de différents corps sera constitué. Il attribuera une note sur 100 selon la grille de notation suivante :  

Critères

Points

Arôme (odeur)

20

Aspect

20

Couleur

20

Goût

20

Texture

20

Pénalité taille bâton

-10

Pénalité présence des matières étrangères

-20

Total

100

 

Que gagnent-les participant(e)s ?

Le premier prix est de 150 000, le deuxième 80000 et le troisième 50000. Toutes les associations participantes repartiront avec des dons en nature.

Pour l’édition 2017, quelles sont les innovations ?

Cette année le réseau des 26 coopératives est à la manœuvre. Il y aura l’élection de Miss Manioc à son initiative. Nos partenaires tiendront des stands. Des artistes en vue de le Lekie feront l’animation.

Propos recueillis par Théophile Minlo

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.