Vulgariser la culture des souchets par la formation des jeunes filles

Depuis près de 10 ans Rachel Vanima Jerye, déléguée du « Gic Dawara » au Nord Cameroun cultive et transforme les tubercules de cette plante en farine et boisson tout en préparant la relève.

Dans son stand au palais des congrès de Yaoundé, dans la capitale camerounaise, Rachel Vanima Jerye est fière de faire déguster des souchets à tout ceux qui s’y aventurent. « Qu’est-ce que c’est on dirait des arachides ? », s’exclame un visiteur. « Non ce ne sont pas des arachides mais des tubercules de la plante Cyperus esculentus. Ils font partie de la variété des souchets sucrés ou comestibles. Ils ont un goût un peu semblable à celui des noisettes contrairement à l’autre variété plus amer », explique l’agriculture en montrant du doigt une calebasse pleine de graines dont la forme et les couleurs (marron et jaune) font en effet penser aux arachides Rachel Vanima Jerye le reconnaît d’emblée, la culture du souchet n’est pas très répandue et n’intéresse pas encore grand monde au Cameroun. Il est surtout connu comme friandises. Des adolescents les proposent frais ou séchés aux abords des marchés de Yaoundé.

Pour l’agricultrice, le souchet est un trésor. Sa participation à la quatrième édition des journées nationales de l’économie sociale à Yaoundé, lui ont offert l’opportunité d’une promotion à grande échelle. A Guider, chef-lieu du département du Mayo-Louti dans la région du Nord, elle s’est fait un nom grâce à la culture et la transformation du souchet sucré. Il faut noter, souligne Mme Jerye, que la culture du souchet est surtout l’apanage des femmes. A l’Extrême-Nord autre zone de culture, certaines ethnies en ont fait leur culture de prédilection comme les mafas.

Comme toutes les femmes du « Gic Dawara : Viens voir », elle possède un petit champ, le sien d’environ 1 ha. Une fois la récolte assurée, « maman Rachel », les transforme en produit suivant : la farine obtenue à partir de la pâte de souchets sucrés séchés puis trempés et enfin écrasés. « Pour le lait et les jus, j’utilise la farine de souchets préalablement grillés pour leur donner un arôme semblable au café », s’enthousiaste la déléguée du Gic Dawara. Elle ne tarit pas d’éloges : « Le souchet est riche en glucides, en lipides et en proteines. C’est bon pour les diabétiques et les hypertendus. Je les vends à toute occasions, au marché, lors des fêtes ou des foires ». 

Former plus de jeunes filles

D’un projet agricole elle en fait aussi un projet d’éducatif en apportant sa pierre dans la lutte contre l’analphabétisme au Cameroun. En effet, le Nord est l’une des zones d’éducation prioritaire (Zep) du pays. La scolarisation de la fille est encore préoccupante. Un million de filles de 10 à 19 ans soit 31,9 % des filles de la région ne vont plus ou pas à l’école, selon l’Unesco. Mme Jerye et ses consœurs encadrent des filles à qui elles transmettent  la passion de la culture du souchet.

« Au début nous étions plus de 46 au Gic avec le temps, la scolarisation s’améliore aujourd’hui nous ne sommes plus que 16 nous travaillons surtout pendant les vacances avec les jeunes filles », se réjouit-elle. Sa production reste artisanale et elle ne maitrise pas toujours les quantités produits mais assure avoir des prix à la portée de tous. 1500 et 3000 F Cfa le demi-kilo et le kg de farine de souchet, propose l’agricultrice en attendant le jour où le souchet sera aussi considéré que le soja. Pour cela, il faut aller à la conquête des partenaires et étendre le réseau de distribution.

Elsa Kane Njiale à Yaoundé

Agriconseil du mois

Garfa Fatimé Aldjineh, la 2ème femme architecte de l'histoire du Tchad qui élève des poules pondeuses: «Il faut que mes sœurs sachent qu’il n’y a pas de métiers spécifiques aux hommes, car nous pouvons faire autant qu’eux. Nous devons innover et croire en nos potentiels pour arriver au bout de nos rêves. Etre humble dans ce qu’on fait et toujours demander des conseils pour mieux avancer».

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