« Mon avenir est dans le cacao »

A la tête d’une plantation d’un hectare lancé en 2016, Alphonse Biyidi, fils et petit-fils d’agriculteurs veut contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes.

Alphonse Biyidi a toujours désiré être à la tête d’une vaste exploitation agricole. En ce jeudi du mois de décembre, le jeune homme d’une vingtaine d’année désherbe sa cacaoyère avec  un entrain que le soleil qui s’est levé tôt ce matin ne parvient pas à ralentir. Après ses études secondaires, alors que nombre de ses amis prenaient le chemin de l’université, Alphonse Biyidi s’inscrit à l’Ecole pratique d’agriculture de Binguila pour une formation de six mois. Il oriente son projet vers le cacao.

A Nkolmeyang son village à la sortie de Yaoundé, capitale économique du Cameroun, sur la route d’Akonolinga, le cacao est l’une des cultures les plus pratiquées après le manioc.  « Mon papa était cacaoculteur. Mon frère aîné l’est aussi.  C’était évident que je me retrouve dans cette filière avec des exemples aussi expirants. Mon papa nous a laissé des hectares de terrain que nous devons exploiter », explique-t-il.

Au-delà du facteur héréditaire, Alphonse Biyidi est conscient du contexte dans lequel il évolue. En effet, la filière cacao du Cameroun est confrontée depuis plusieurs années au vieillissement de son verger et des producteurs. Selon  le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (Cicc), l’âge moyen des cacaoculteurs est de 60 ans. Alphonse Biyidi a très vite compris qu’on avait besoin des jeunes comme lui pour moderniser la filière.

Il a la bonne idée de se rapprocher du programme « New génération » initié par le Cicc pour assurer la relève.  En 2015, il fait partie de la première promotion de ce programme et reçoit à ce titre des cabosses, des sachets noirs, de l’engrais et un petit matériel. Un véritable coup de pouce pour l’orphelin qui manque cruellement de fonds. Puisqu’il faut en moyenne 500 000 pour la mise en place d’une plantation d’1hectare. Avec ce don, il met en place sa pépinière. « J’ai réalisé moi-même les 1200 plants nécessaire pour ma cacaoyère d’un  1hectare de terrain. La mise en place d’une pépinière prend entre 6 à 8 mois. Il est préférable de situer sa pépinière près d’un cours d’eau pour faciliter l’arrosage », explique-t-il.

 Les difficultés ne manquent pas à ce solide gaillard. « En agriculture il faut être robuste pour supporter le travail et patient pour récolter les fruits. Sinon, bonjour le découragement ! Là, ma plantation commence déjà à produire. Je peux dire que les plans sont précoces. Normalement, il faut 2 à 3 ans pour  commencer à produire », explique le jeune Biyidi. Faute d’argent, il est seul à travailler dans sa plantation et à mis au point une technique pour contourner ce problème. «Lorsqu’on est seul il faut faire encore plus de sacrifices. On peut diviser sa plantation en parcelles et décider de ne travailler que sur une seule dans un premier temps », conseille-t-il en regrettant que certains jeunes de son village préfèrent l’activité de « call-box » et de moto-taxi aux travaux des champs.

 Associer la banane-plantain, le piment

« Mes amis m’ont dit qu’ils ne peuvent pas s’habiller comme moi », regrette-t-il en montrant son polo élimé et poussiéreux. Pour lui,  ce regard négatif est dû aux difficiles conditions de travail des paysans. « L’outillage reste rudimentaire et rend le travail pénible. Nous aimerions que l’Etat nous aide à mécaniser notre agriculture», souhaite-t-il sans perdre espoir. Afin de trouver d’autres sources de revenus, Alphonse Biyidi a associé la banane-plantain, le piment et compte agrandir sa cacaoyère en 2018. Par ailleurs, s selon Luc Magloire Mbarga Atangana le ministre du commerce, le cacao camerounais est l’un des meilleurs du monde. Il continue de se vendre malgré la chute du prix à l’international. Si le cacao est certifié, le producteur peut le vendre à 1 100, voire 1 200 le kilogramme. Une bonne source de motivation pour Alphonse biyidi.

Elsa Kane Njiale à Nkolmeyang

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