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Rencontre avec une aviatrice qui a fait de l’agrobusiness, son « 2e mari »

Fatimé Souckar Terap n’a pas abandonné face aux difficultés. Elle a, au contraire, décidé de réaliser son rêve. Elle se livre à nous.

Face aux défis quotidiens dans les démarches et recherches dans l’agrobusiness, les femmes sont confrontées à de multiples tracas. Notre correspondant au Tchad a suivi Fatimé Souckar Terap, une aviatrice passionnée d’agriculture.

Tout commence en 2016. De retour dans son pays natal et nantie de son diplôme en aéronautique décroché en Ethiopie, Fatimé Souckar, mère de 3 filles, explique qu’elle veut se lancer dans l’agriculture. Des moqueries sont générales : même ses parents ont du mal à la prendre au sérieux.

« ce que mon père m’a dit à l’annonce de mon projet de faire l’agriculture restera pour toujours gravé dans ma mémoire. J’y pense chaque jour et ça me motive encore plus. Il m’a dit sur un ton ironique : ‘’toi comme ça tu penses réussir là où, même les hommes ont échoué ? Cherche du boulot avec ton diplôme c’est mieux’’ ».

Courage et patience

Juste des mots. Elle s’arme de courage et patiente. « Rien ne peut avancer ni réussir si l’on ne s’arme pas de courage et de patience. Le courage nous donne de la force pour relever tous les défis possibles avec abnégation. La patience quant à elle nous motive à être endurant pour vivre le futur, du moins ce qu’on n’a pas vu. C’est pourquoi le courage et la patience sont mes amis dans tout ce que  je  fais ».

Des efforts qui portent aujourd’hui leurs fruits. A force de se donner, de ne jamais abandonner face aux échecs,  Fatimé Souckar fait tourner une ferme de légumes et fruits frais, une superette Khadar Market (marché de légume) où elle vend des légumes et fruits en provenance de son jardin. Et c’est avec sourire aux lèvres qu’elle s’exprime: « Un défi relevé. Mais ce qui est abattu donne de la fierté et du courage à affronter les défis à venir. Je suis fière d’avoir mon 2e mari (agribusiness). Cela me permet de me prendre en charge et soutenir toute la famille. Je suis une jeune femme totalement autonome».

Humble et douce de caractère, son premier soutien est son mari qui lui a concédé un espace de 17 hectares pour son activité. Elle a aussi bénéficié des conseils d’autres agriculteurs. Elle n’oublie pas non plus le soutien moral de sa famille, venu sur le tard. « Tout a été merveilleux lorsqu’ils m’ont compris. Ils ont épousé mon projet et c’est alors qu’ils m’ont encouragé. Ce qui m’a donné de la force et allégé mes difficultés».

« Ne jamais dire que c’est difficile »

Fatimé a commencé avec très peu de moyens. Aujourd’hui, grâce aux bénéfices engendrés dans sa boutique de légumes et fruits, elle parvient à s’en sortir. Elle emploie six personnes à la boutique et hui dans les champs. Des charges supplémentaires difficiles à gérer. « Aujourd’hui je perds certes, mais qui sait de quoi est fait demain ? C’est ça l’entrepreneuriat à mon avis. Il est une course de résistance et non de vitesse. Les difficultés d’aujourd’hui sont les forces de demain, c’est de l’expérience que j’accumule ainsi», perçoit-elle.

Pour améliorer son quotidien, elle compte élargir son champ d’action par la transformation et le e-commerce « je compte faire le jus de fruits et de légumes certifiés bio dans les mois à venir. Ce ne sera pas facile mais j’y arriverai », jure Fatimé Souckar.

A ses sœurs qui veulent entreprendre, l’aviatrice, propriétaire de Khadar Market, leur donne ces conseils : « ne jamais abandonner et ne jamais dire que c’est difficile. Il faut toujours oser et s’armer de courage et de détermination. Avec cette recette, les femmes peuvent même déplacer des montagnes et rendre plus beau le monde. Il n’y a pas que pour les hommes ! Les femmes aussi peuvent. Cependant, il faut rester humble». 

Marabey Archange à N’Djamena-Tchad

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