Au Cameroun, on célèbre le bon bâton de manioc

Du 1er au 2 août, les femmes rurales et les producteurs du département de la Lékié ont présenté les nombreux dérivés de ce tubercule.

L’arrondissement de Sa’a dans le département de la Lékié région du Centre a connu une effervescence particulière le mercredi 1er août et le jeudi 2 août. Dès les premières heures de la matinée, la place des fêtes près de la mairie de Sa’a a été prise d’assaut par une cinquantaine de femmes. Organisée en Groupe d’initiative commune (Gic) et en associations, elles sont venues de tout le département : Monatélé, Ebebda, Batchenga, Evodoula, Lobo. Okola, Elig-Mfomo et Sa’a.

L’Afrique centrale était aussi présente à cette 3ème édition de la foire du bon bâton de manioc avec le Rwanda, la Centrafrique et les Congo Rdc et Brazzaville. 28 tentes ont été dressées pour les permettre d’exposer des merveilles à base de manioc. Les recettes culinaires puisées dans le savoir-faire ancestral ont ravivé les souvenirs d’enfance à plus d’un festivalier. Il y avait du « Npkem » fait à base de feuilles de manioc pilées et de jus de noix de palme, le « Mbom Npkem », un mets de feuilles de manioc assaisonnés aux épices du pays, du tapioca jaune et blanc, l’amidon liquide et en poudre.

Selon Florence Ngah, la vice-présidente du réseau des producteurs et transformateurs de manioc de la Lékié (Reptramal), organisateur de l’évènement, il existe plus de 100 dérivés du manioc. Les femmes l’ont compris et ont innové. L’une des curiosités de cette foire a été le « bâton de manioc kilométrique ». Celui présenté par le Gic Jeprotuc d’Ebebda mesurait 17 m de longueur. Les saveurs modernes étaient aussi à l’honneur. C’est avec plaisir que le préfet et le maire de la localité ont croqué les beignets soufflés, gâteaux et crêpes à la farine de manioc. D’autres ont dégusté du whisky ou encore du jus de manioc proposé par Jacques Fabrice Onana, membre du Gic Unité.

100 dérivés du manioc

Ce savoir-faire est le fruit de 3 ans de collaboration avec l’Ong Ani-international présidé par Romuald Dzomo concepteur de la foire du bon bâton de manioc. La foire s’inscrit dans une triple démarche : celle de labelliser le bâton de manioc, élément du patrimoine immatériel de notre pays, de moderniser les méthodes de travail et de transformation jusqu’ici pratiquées par les agricultrices et de promouvoir l’autonomie de la femme rurale.

Les participantes  se disent satisfaites car elles ont gagné en maturité. « Nous avons appris beaucoup d’astuces et nos projets vont grandir », dit Eugénie Mballa, la trésorière de la société des coopératives des producteurs et des transformateurs d’Evodoula. Mariette Melinga  du Gic Oyili apprécie l’accompagnement reçu : « Nous avons noué plusieurs partenariats de qualité et gagner en autonomie».

Pour du concret, la première usine de transformation de manioc inaugurée le 1er août et du matériel offert (20 moulins à écraser, 5 séchoirs, 10 pressoirs, 10 rappeuses, 20 marmites, 20 fus de trempage, 5 groupes électrogènes), entre autres.

« Ce matériel va venir faciliter le travail des femmes, la production pourra augmenter et sera de bonne qualité. Les femmes vont devenir plus professionnelles », s’est réjouit Florence Ngah. Reconnu par les autorités pour son travail en faveur du développement local, Romuald Dzomo aspire à mieux. « Nous avons choisi de mettre sur pieds des projets structurants pour lutter contre la pauvreté », dit-il.  

Elsa Kane Njiale à Sa’a

Agriconseil du mois

Garfa Fatimé Aldjineh, la 2ème femme architecte de l'histoire du Tchad qui élève des poules pondeuses: «Il faut que mes sœurs sachent qu’il n’y a pas de métiers spécifiques aux hommes, car nous pouvons faire autant qu’eux. Nous devons innover et croire en nos potentiels pour arriver au bout de nos rêves. Etre humble dans ce qu’on fait et toujours demander des conseils pour mieux avancer».

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