RCA : à Bangui, des femmes ravitaillent les marchés en poulets de chair

Alors que le circuit d’approvisionnement en denrées alimentaires dans la capitale de la République centrafricaine a été affaibli par les récentes crises qui secouent le pays, elles se sont réunies au sein d'un groupement pour nourrir leur ville.

Elles sont 20 femmes. Des mères de famille qui ont décidé en 2014 de créer le groupement « Maboko na maboko » qui signifie « Main dans la main » en Sango, langue nationale de la République centrafricaine (RCA), afin de ravitailler la ville en poulets de chair élevés localement. A PK 11, sortie nord de la ville de Bangui, la capitale, elles ont installé leur siège et leur poulailler de 12 mètres sur 4 dans lequel, 500 poussins sont à chaque fois élevés et vendus sur les marchés, après une période de 45 jours.

Grâce à leur activité, ces femmes ravitaillent aujourd’hui, en protéine animale, de nombreux habitants. Après la crise qui a durement frappé la RCA, le groupement représente une résilience pour ses membres. « Lors de la première bande, nous avons vendu 450 poulets sur les 500 après 45 jours, pour un montant de 1 575 000 francs CFA. Le groupement a distribué 50 poulets à ses membres », confie non sans fierté, Julia Yalomandé, 48 ans, trésorière du groupement « Maboko na maboko ».

Durant la période de la dernière crise, de nombreux ménages faisaient face au problème alimentaire et les « poches de conflits » dans la ville de Bangui paralysaient le mouvement chez les habitants, surtout chez les femmes. L’accès au marché était difficile et l’insécurité alimentaire s’est accentuée. Conscientes de l’urgent besoin en protéine animale de la population, Julia et les autres membres ont l’idée de se lancer dans la production des poulets de chair pour combler ce déficit alimentaire et se faire un peu d’argent. Chacune apporte alors sa contribution : argent, espaces, matériels. Elles se lancent !

Pricillia Ninga 28 ans aujourd’hui, attendait son 2ème enfant lorsqu’elle a eu l’appel d’adhésion du groupement, alors que son époux était un étudiant sans emploi. Grâce à leur poulailler, cette mère de 2 enfants arrive désormais à prendre en charge toute sa famille, grâce à une prime forfaitaire qu’elle reçoit après chaque livraison. « Au sein du groupement, je m’intéresse beaucoup plus à la livraison et à la vente des poulets. Il m’arrive des fois, de parcourir 3 à 4 km avec 20 ou 40 poulets dans un pousse-pousse pour atteindre un marché. Je ne me plaint jamais car, je sais qu’à travers mon activité, une famille comme la mienne sera contente d’avoir de poulet à manger », explique-t-elle, avant d’ajouter que son activité constitue une sorte d’entraide pour les ménages vulnérables, frappés par la crise.

1500 poulets élevés

Les femmes du groupement « Maboko na maboko » ont raflé à elles seules, un bon nombre de marchés de la ville. Des restaurants des grands hôtels tels le National, l’Oubangui ou encore le Golf Palace leur font confiance. Mais, les membres privilégient surtout les clients de proximité. Le secret de leur réussite réside dans un savoir-faire en matière de petit élevage acquis auprès des techniciens qui renforcent les capacité des membres.

« Au-delà de notre propre volonté de nourrir la population banguissoise, nous avons reçu l’assistance technique de l’ONG Ami-d’ Afrique, qui vient galvaniser notre ambition de faire de notre groupement un des grands fournisseurs du marché en poulet de chair», lance Éveline Temonessa, présidente du groupement.

Le poulet pesant entre 4 et 5 kg est vendu à 3 500 F. Cfa. Le groupement est aujourd’hui à sa troisième campagne de production pour une autre quantité de 500 poussins, soit 1500 en tout pour les trois campagnes. Mais, au-delà de l’aviculture, « Maboko na maboko » a mis en place l’« Association villageoise d’épargne et de crédit (AVEC) », une sorte de micro-finance entre les membres. Au départ, 200 000 F. Cfa ont été prélevés de la vente de poulets. L’argent a été partagé entre les membres qui se sont lancés, en dehors de leur activité commune d’élevage, dans de petits commerces. Au bout de neuf mois, elles ont un fonds d’épargne de 1 200 000 francs CFA. Une somme qui développera encore plus leur poulailler.  

Rosmon ZOKOUE à Bangui

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