Comment les grossistes volent au secours des agriculteurs

A kinding Djabi,  une localité située dans  la région du Centre du Cameroun,les jeunes agriculteurs  sont financés  par les commerçants à qui ils accordent la priorité au moment des ventes.

S’il y a un obstacle qui freine l’entreprenariat jeune  au Cameroun, principalement ceux qui ambitionnent de faire carrière dans l’agriculture, c’est trouver les fonds nécessaires pour le lancement de leur projet. Cette difficulté, Rochard Kitchabo, un enseignant,   l’a vécu  il y a trois ans,  lorsqu’il  a décidé de tronquer sa blouse blanche, pour la houe. Afin d’embrasser  le secteur agricole il a laissé derrière lui, sa vie  dans  la capitale économique, Douala, pour s’installer définitivement dans son village natal, Kinding Djabi.

« J’ai au moins 40 hectares de plantation à ma disposition, mais pour l’instant je n’exploite qu’un hectare   seulement pour la culture du maïs parce qu’elle ne nécessite pas assez de moyen,   afin de  subvenir  aux besoins  de ma  famille. C’est progressivement  avec  mes petites économies que je pourrai me lancer dans  d’autres produits  », dit-il, un brin contrarié.

Dans  cette  localité située dans   la commune de Makénéné, département du Mbam-et-Inoubourégion du Centre du Cameroun, les jeunes entrepreneurs ont trouvé un moyen pour contourner cet handicap. Au-delà de l’acte d’achat-vente  entre un cultivateur et un grossiste,  les  transactions prennent souvent une dimension purement financière.

La recette?  Anderson Akweh, un agriculteur installé dans ce village depuis 22 ans, confie que la majorité des cultivateurs, principalement des jeunes qui optent pour l’agriculture, sollicitent  l’accompagnement  financier  des commerçants pour démarrer  leur projet.  « La terre est très fertile dans notre village. Donc nous avons assez d’espace à exploiter. Mais notre véritable handicap reste  le financement  car  tout le nécessaire coûte cher, les produits phytosanitaires n’étant pas à la bourse du cultivateur moyen », explique  Ernest Ndong, exploitant de cacao et de produits maraichers.

Partenariat

Ce partenariat permet aux grossistes de préfinancer la production et de bénéficier  en priorité de ses  retombées.  Le montant alloué  peut aller au-delà de 5 millions de Francs Cfa en fonction des besoins du demandeur. « Pour produire un hectare de tomates, j’ai besoin de deux millions de F Cfa minimum. Ne pouvant pas disposer de ce montant, je fais appel à un grossiste qui m’alloue cette somme. Pendant la récolte et en fonction des termes du contrat, il a droit à la grande partie de  la production et à un coût  avantageux. Ensuite nous partageons les bénéfices », explique Anderson Akweh.

Une pratique très répandue dans cette communauté d’environ 1350 âmes,  constituée à  99%  de fermiers, qui ne fait malheureusement pas que des heureux. « Si la production est mauvaise, le cultivateur a obligation de rembourser  sa dette. Et dans certains cas,  c’est le grossiste qui s’en tire avec le gros lot », souligne Anderson. Malgré les  risques, ce procédé reste l’unique moyen de préfinancement qui s’offre  aux agripreneurs de Kinding Djiabi, qui   doivent  attendre trois, voire quatre ans pour être en mesure de   s’autofinancer.  « L’Etat doit créer des programmes d’aide aux agriculteurs. Si notre village disposait  d’une banque agricole, je crois qu’elle sera assez bénéfique pour tous les agriculteurs  et les jeunes en particulier et on évitera également l’exode urbaine des jeunes », souhaite  Michel Nkounkeu, l’un des agriculteurs. 

Bastion important de la production  du cacao,  Kinding Djiabi, produit aussi de  divers fruits et légumes qui attirent de nombreux commerçants Camerounais et de la sous région Afrique Centrale.

M.M

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.