Cameroun : location de terre ou le  plan B pour les jeunes exploitants agricoles

Dans l’incapacité de s’offrir un terrain approprié, certains acteurs agropastoraux louent des terres qu’ils exploitent autant pour l’agriculture que l’élevage, parfois à  raison de 50 000F Cfa par an.

Aniece  Djikam est une jeune cultivatrice  de pistache  à Gombè dans l’arrondissement de Douala 5ème, capitale économique du Cameroun. Il y a deux ans, cette cultivatrice âgée de  30 ans, a décidé de  se détacher de sa famille pour lancer son propre projet agricole. « Ma famille vit essentiellement de l’agriculture. J’ai commencé toute petite à faire les champs, c’est ainsi que je me suis formée en agriculture, même si aujourd’hui je me perfectionne à travers les séminaires  et ateliers », explique Anièce. 

Comme tout porteur de projet, la jeune agricultrice a rencontré de nombreuses  difficultés à ses débuts. Comme  ses parents avant elle, le plus urgent pour elle était de trouver un espace approprié pour réaliser son rêve.  «Quand mes parents ont pensé à leur projet, ils  ont loué une parcelle d’un hectare pour un début. C’est progressivement qu’ils ont acquis  un terrain », se souvient-elle.

Dans l’incapacité financière d’acheter un lopin de terre, Aniece Djikam loue  un  terrain d’un hectare pour démarrer sa production,  par l’intermédiaire d’un autre agriculteur. Depuis bientôt trois  ans, elle verse un loyer annuel de 50 000 F Cfa. « L’inconvénient dans ce genre d’exploitation, c’est que tu ne peux pas utiliser la plantation à ta guise. Il y a des cultures,  à l’instar des arbres fruitiers,  qui sont interdites. Et parfois comme dans toute relation humaine, il y a des petits points de divergences, mais il faut juste savoir gérer la situation. Quand il n’y a pas assez de moyen financier, il faut commencer par la location avant d’en arriver à l’achat», souligne Aniece.  

Louer un terrain à 50 000 F. Cfa

Ils sont nombreux ces jeunes entrepreneurs du secteur agricole qui ont suivi la même  démarche dans la région du Littoral. Contrairement aux jeunes basés dans les zones rurales qui ont facilement accès aux terres, parfois issues de l’héritage familial, ceux investis  dans les zones urbaines doivent opter pour  un autre canevas. «  Je loue un hectare à 50 000 F Cfa par an pour ma culture de banane-plantain  et mon élevage. Au départ c’était uniquement pour l’élevage des porcs et poulets, mais en attendant d’occuper tout l’espace je l’exploite pour l’agriculture », confie Brice Ebane, un jeune acteur agropastoral.

Selon ce dernier,  disposer d’un lopin de terre au Cameroun est un luxe  pour la majorité des camerounais. Le coût d’un mètre carré, fixé par le gouvernement,  en  fonction des localités, oscille entre 200  et 10 000 F Cfa pour ce qui est des terrains appartenant au domaine privé de l’Etat.  Chez les particuliers, le coût est un peu  plus élevé.  

«Dans une région comme le Littoral,  il impossible pour les jeunes qui portent des projets agropastoraux de s’offrir un site approprié à leur vision. Quand tes parents ne sont pas  propriétaire  de terrain, c’est vraiment difficile, sauf si tu disposes d’un accompagnement financier pouvant t’aider à en acheter », précise cet éleveur. Très pratiquée dans le monde agricole, cette démarche ne fait pourtant pas que des heureux. Certains jeunes se sont fait  estropier non seulement de fortes somme d’argent, mais aussi toute leur récolte par le bailleur.

Arnaque du bailleur

Francine, une  victime âgée d’une quarantaine  d’années, a perdu son exploitation de pastèque après un différend avec son bailleur.  La jeune femme  a loué une plantation  dans une localité proche du lieudit Km 35. Au début, elle cultive le maïs et parfois le pistache. La récolte est bonne. Témoin de cette excellente moisson, le bailleur augmente le loyer qui passe de 50 000 à 55 000 F. Cfa. Francine accepte sans broncher. Le bailleur est avare : il convoite aussi sa production.

«Quand j’ai lancé la pastèque après la première campagne du maïs, il m’a demandé de revoir le loyer, ce que j’ai refusé. C’est ainsi qu’il a commencé avec des menaces et à monter les coups de vols dans ma ferme. J’ai finalement décidé de tout abandonner pour des raisons de sécurité », regrette cette agricultrice.

« Le problème dans ce genre de contrat, c’est que dans la plupart des cas,  il n’y a aucune  démarche légale. Tu fais confiance à un particulier, à un  chef ou à un notable du village qui t’offre une parcelle sur ces terres. S’il est de mauvaise foi, il va abuser de ta confiance. Même ceux qui ont parfois  des preuves écrites connaissent les mêmes problèmes », ajoute-t-elle

Après cette mésaventure, Francine s’est trouve un autre bailleur. Au  bout de cinq années, elle a pu acheter deux hectares de terrain  grâce à ses économies. « Il faut juste être prudent, tout comme lors de l’achat de terrain et compter parfois sur la chance »,  conseille Francine. Face à ces cas d’abus, il est conseillé, pour des raisons de sécurité, quel qu’en soit le lien avec le bailleur, de suivre une procédure légale pour éviter les désagréments futurs.

Marie-Louise Mamgue

 

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.