Tchad : comment des « plumeurs » et vendeurs tentent de sauver l’aviculture

Des jeunes achètent et revendent des poulets locaux depuis des années. Une activité génératrice de revenus.Ils sont âgés entre 16 et 35 ans. Ils se lèvent tôt le matin pour affronter une « longue et dure » journée. Objectif ? Réaliser beaucoup de bénéfice. Que font-ils ? Ils vendent les poulets : certains sont des plumeurs (ceux qui déplument la volaille), d’autres des vendeurs. Ils ont tous commencé au bas de l’échelle. Ils se retrouvent aujourd’hui à livrer des poulets partout dans la ville. A majorité musulmane, ils se lancent après la prière du matin. L’activité débute par la phase d’abattage (selon les normes musulmanes) et nettoyage. Ensuite, ils arpentent les coins de la ville pour livrer des poulets à leurs clients issus de différentes couches sociales.

Les clients sont à majorité des ménagères. A cette catégorie, s’ajoutent les sites de grillades, restaurants et les hôtels de la place qui consomment aussi les poulets locaux. Certains jeunes comme Abakar Moustapha, se sont arrangés à devenir fournisseurs privilégiés d’hôtel : « je livre à un hôtel une fois par semaine, outre ce que je vends sur place ici au marché. Par semaine, je peux leur livrer jusqu’à 40 poulets. Lorsqu’ils ont des cérémonies ou réceptions nécessitant les poulets locaux, le nombre peut aller de 40 à 70 poulets, selon le nombre d’invités».

Détrompez-vous ces jeunes hommes ne rentrent pas tous les jours contents. Les caprices du marché leur font défaut. « Il arrive que le marché soit vraiment décevant. Les vendredi, samedi et dimanche, on peut vendre jusqu’à 25 poulets en moyenne. Les autres jours, le maximum de vente est 10 ou 15» soupire Abdel-nasser Moustapha, un vendeur qui lâche « allah amdoullah » (Dieu merci). Leur rendement journalier varie de 5 000 à 15 000 F. Cfa.

Approvisionnement et conservation…

Les poulets abattus ne proviennent pas tous de N’Djamena. La grande partie vient de Biltine, Am-timan, Ati, Kelo (des régions du Tchad). Ils achètent chez des éleveurs qui le plus souvent, n’auraient pas d’argent pour venir jusqu’à la capitale tchadienne écouler leurs marchandises. Une manière pour eux de sauver une filière avicole pas très développée. Pour faciliter leur approvisionnement, les vendeurs s’organisent pour aller acheter en grand nombre les jours de marché hebdomadaires dans les provinces. Ils ramènent leurs marchandises à N’Djamena. « Les poulets sont achetés à 2.000 F ou 2.500 F. On les prend en grande quantité. J’abats  très souvent 30 poulets par jour et je les vends entre 3 000 – 3.500 F. Cfa », confie Tidjani Bichara, un autre vendeur.

La vente se faite en pièce de carcasses, dans des bassines ou conservés à la glace renouvelée après fonte totale et réchauffement de l’eau. Mais le grand problème auquel ces jeunes font face est celui de la conservation à long terme : « on n’a pas de congélateurs pour garder les poulets en cas de mévente. Quand nos poulets restent, on essaie de s’arranger avec les vendeurs de viandes ou de poissons pour nous les conserver dans leurs espaces et on reprend le lendemain matin. C’est ce qui nous fait abattre en quantité modérée », ajoute Bichara.

Pour pallier à ce problème, ils envisagent de réunir des fonds afin d’acheter un congélateur commun. En attendant, les bénéfices engrangés ont permis à certains d’acheter des mototaxis utilisés dans le transport interurbain. Certains parviennent ainsi à assurer leur frais de scolarité ou encore à subvenir aux besoins de leur famille. Des réalisations sociales qui ne sont pas négligeables.

Marabeye Archange, à N’Djamena

Agriconseil du mois

Garfa Fatimé Aldjineh, la 2ème femme architecte de l'histoire du Tchad qui élève des poules pondeuses: «Il faut que mes sœurs sachent qu’il n’y a pas de métiers spécifiques aux hommes, car nous pouvons faire autant qu’eux. Nous devons innover et croire en nos potentiels pour arriver au bout de nos rêves. Etre humble dans ce qu’on fait et toujours demander des conseils pour mieux avancer».

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