Au Nord du Cameroun, l’eau est une denrée rare

Pour s’approvisionner en eau, les populations des zones rurales parcourent plusieurs kilomètres par jour. Ceux-ci gravissent des collines à pied, parfois à vélo ou à dos d’ânes pour collecter le précieux liquide. Des projets envisagés par les pouvoirs publics sont presque tous tombés à l’eau.  

Assise à même le sol, entouré par des récipients vides, Ndelmé attend son tour. La main sur la tête, la cinquantaine révolue, elle s’est levée de bonne heure à la recherche de l’eau. Mais face à l’affluence, elle est contrainte d’attendre. Au bout de quelques heures, l’attente devient longue pour cette dernière qui a dû parcourir des kilomètres à pieds pour rallier l’unique point d’eau du village.

A quelques mètres de là, Sophie est couchée au sol. En plein sommeil, au milieu des bidons, elle se lasse de la longue et folle attente. Soudain, des éclats de voix autour du point d’eau interrompent son sommeil. Vêtue d’un maillot de couleur rouge et d’un pagne vert, elle suit avec attention, l’ordre de passage des chercheurs d’eau. La quête de l’eau. C’est le casse-tête quotidien de la population de Katamsa, une localité de l’arrondissement de Mokolo, département du Mayo Tsanaga, dans la région de l’Extrême-Nord.

« Nos épouses quittent la maison à 2h du matin »

La forte demande oblige la population surtout la gente féminine à passer des journées entières en attente du précieux liquide. Sous un soleil de plomb, femmes et enfants font le pied de grue. Il faut souvent l’intervention du chef du village pour organiser la quête de l’eau. « Nos épouses quittent la maison à 2h du matin pour aller à la recherche de l’eau. Elles y passent presque toute la journée. C‘est vraiment pénible », explique Bami Kikidey, le chef du village de Katamsa. « Dans cette bourgade peuplée d’environ 1000 habitants, un seul point d’eau est disponible » confie le chef de Katamsa.    

Autre lieu même attroupement. A Mohur, arrondissement de Mokolo, non loin de Zamai, des récipients vides tutoient le ciel. Ici, c’est un forage pour 2000 personnes. Une opportunité que n’ont pas eue les habitants de Mokio. Dans ce village de Tokombéré, département du Mayo-Sava, « la population se rue vers les lits des mayo asséchés pour recueillir de l’eau. Qu’importe la qualité. L’essentiel, c’est d’avoir quelques gouttes. De quoi étancher la soif avant que la source ne tarisse », lâche, toute furieuse, Wachké, habitante de Mokio.

Selon le Lawane de Souledé-Roua, « les gens partent à Mokolo ville avec des ânes au moins à 18 km. Les femmes et les enfants quittent la maison à 2h du matin pour ne revenir qu’à 7h ou à 8h du matin avec des pousse-pousse et des ânes ». Les propriétaires des tricycles ont développé un business juteux autour de l’eau. « A Souledé-Roua, un bidon d’eau de 25 litres se vend à 200 F CFA », relève sa majesté Ganagued.

« Si on avait de l’eau, mes enfants ne seraient pas morts… ».

« A Wolordé, l’eau boueuse n’est pas usée. C’est une eau potable aux yeux des populations », ironise Maliki Jacques. Dans cet autre village du département du Mayo Sava, l’eau est une denrée rare. Pour se procurer quelques gouttes, la population est contrainte de creuser dans les lits des mayo. Seulement, la quête de l’eau fait régulièrement des victimes au sein des familles. C’est le cas d’Abassi. Dans la douleur, il porte encore le deuil.

Ce dernier vient de perdre 4 de ses enfants. Ils sont morts écrasés par un bloc de terre alors qu’ils cherchaient de l’eau en compagnie de leur maman. « Mes enfants et moi sommes allés au marigot chercher de l’eau. Il faisait tellement chaud. Mes quatre enfants sont allez s’abriter à l’ombre. Soudain, un bloc de terre est tombé sur eux. J’ai appelé les secours. C’était trop tard. J’ai perdu 4 enfants », relate avec peine, Maryamou Bouba, la mère des disparus.

Doudou, l’ainé âgé de 12 ans, est entourée par ses frères Bappey, 10 ans, Ndotti, 3 ans et Chantal, la plus petite, à peine 9 mois. Tous reposent à un jet de pierre de la maison familial. « Nous n’avons pas d’eau ici. Nous parcourrons des kilomètres à pieds pour aller puiser de l’eau. Nous souffrons tellement. Mes quatre enfants sont morts parce qu’ils cherchaient de l’eau. Si on avait de l’eau, mes enfants ne seraient pas morts », témoigne, meurtrie, la maman éplorée. Maryamou Bouba ne quitte pas des yeux l’unique enfant qui lui reste. Avec tendresse, elle témoigne toute son affection à ce dernier.

Des projets de construction des points d’eau sont tombés à l’eau. Les promesses des élus locaux ont taris. Assoiffée, la population crie à l’abandon. « Nous allons jusqu’à Dogba chercher de l’eau. Nous parcourrons au moins 100 km. Il y’a au moins 500 personnes dans notre village. Il y’a pas de forage chez nous. On nous dit toujours qu’on va nous apporter de l’eau. Mais jusque-là, rien. Nous souffrons tellement », se lamente Abassi, habitant de Wolordé.

Promesses non tenues.

Face aux difficultés d’accès à l’eau auxquelles font face les populations, le gouvernement a mis sur pied quelques projets. Notamment la construction de 3000 forages. Annoncé depuis 2011, dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, le projet tarde à prendre corps ; en dépit de sa réactualisation en 2016 à la faveur d’un mémorandum d’entente avec un consortium d’entreprises formé par la société française Vergnet Hydro, deux société chinoise et une Pme locale pour un montant global de 25 milliards.

Les promesses d’extension du réseau d’eau à partir du barrage de Mokolo pour Mora et Kolofata prévue depuis 2005 ont accouché d’une souris. Il était question de desservir 34 localités sur un tracé de 67 km, en construisant 67 bornes fontaines. Le manque d’entretien et la mauvaise gestion de ces points d’eau a eu raison de ces bornes fontaines. Aujourd’hui, c’est à peine 10 bornes fontaines qui sont fonctionnelles.

Le projet d’extension d’eau à partir du château d’eau de Mokolo jusqu’à Roua sur une distance de 37 km pour 30 bornes fontaine n’a pas également prospéré. Seulement 6 bornes sont effectivement sorties des terres. En outre le projet d’adduction d’eau de Mindif, via la station de captage de Loubour, d’un montant de 980 millions de f cfa devant alimenter 34 localités sur un linéaire de 15 km avec 44 bornes fontaines tâtonne. Egalement annoncé en grande pompes, la construction des mini-barrages de Dazla, Midré et Mazam dans l’Extrême-Nord sont resté lettre morte.

Pas une goutte deau

La ruée de la population vers des eaux de mauvaise qualité ont des conséquences fâcheuses sur le plan sanitaire. L’hôpital régional de Maroua reçoit beaucoup de cas de maladie lié à l’eau. « C’est toutes les tranches d’âges qui sont atteintes. Mais, les enfants de moins de 5 ans et les vieillards sont les tranches d’âges le plus vulnérables », explique Dr Vohot Deguimé, directeur de l’hôpital régional de Maroua. « Le problème de l’eau et des maladies hydriques est liée à la consommation de la mauvaise qualité d’eau, à la mauvaise utilisation de l’eau ainsi qu’à l’insuffisance de l’eau », ajoute-t-il.

Selon des statistiques, au Cameroun, il y’a un point d’eau pour 1020 personnes. Une réalité en dessous de la moyenne. Pourtant, le ratio prévoit un point d’eau pour 250 à 300 personnes. 65% de la population n’a pas encore accès à l’eau potable.

Pour les populations des zones rurales de l’Extrême-Nord, « l’eau a cessé d’être une nécessité. Chez nous, l’eau est un luxe que beaucoup peinent à s’offrir », fait savoir, Maliki Jacques. Les chercheurs d’eau, s’habituent peu à peu à la vie sans eau. Dans la maison familiale d’Abassi, les réserves d’eau sont épuisées. Pas une seule goûte pour étancher la soif des enfants. Dans la cour de la maison, des sceaux et des bidons vides attendent d’être remplies. « Seul le retour des pluies viendra mettre un terme à nos souffrance. Mais, nous devons encore attendre plusieurs mois. Car, ici, la saison sèche dure 8 à 9 mois l’an », se désole Abbassi, les yeux rivés vers le ciel.

Dewa Aboubakar

Agriconseil du mois

Garfa Fatimé Aldjineh, la 2ème femme architecte de l'histoire du Tchad qui élève des poules pondeuses: «Il faut que mes sœurs sachent qu’il n’y a pas de métiers spécifiques aux hommes, car nous pouvons faire autant qu’eux. Nous devons innover et croire en nos potentiels pour arriver au bout de nos rêves. Etre humble dans ce qu’on fait et toujours demander des conseils pour mieux avancer».

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