La « Madame environnement » du Cameroun veut accompagner les élèves à « une meilleure gestion des déchets qu’ils produisent »

Blandine Olive Tchamou veut accompagner les populations dans l’adoption des comportements bénéfiques.

 Elle est de tous les combats notamment chez les adolescents. Pour elle, il faut inculquer aux enfants des gestes écolo assez tôt, pour un meilleur cadre de vie. Avec son association «Mieux-être», elle multiplie malgré des difficultés liées à son genre, des interventions pour faire entendre son discours en faveur de l’environnement. Elle bénéficie en moment d’une bourse du gouvernement français pour mieux se spécialiser. Elle s’est confiée à nous. Lisez Plutôt !

Vous êtes depuis des années, investies dans la lutte pour la protection de l’environnement. D’où est partie le déclic ? Une histoire personnelle ?

Le déclic s’est fait en deux temps, d’abord à la suite d’un séjour de six semaines à Onitsha au Nigéria en 1997 où je me suis aperçue que les populations avaient, plus qu’à Douala un souci commun de garder les rues et notamment les marchés propres. Les commerçants avaient tous une poubelle devant leur boutique utilisable par les passants. Des séjours en Suisse entre 1998 et 2001 m’ont amené à me rendre compte de l’importance de la participation des populations à la valorisation des déchets à travers le tri sélectif des déchets à la source. Ces exemples m’ont fait penser que ces comportements étaient le fruit d’une éducation sociale.

Pourquoi avoir baptisé votre association  «Mieux-être» ?

Le choix du nom Mieux-Etre est finalement celui d’un ami maître Fukeu Tchoua avec lequel j’ai discuté des objectifs de l’association et des noms de baptême possible. Nous nous accordions sur la question du « mieux » qui représente la progression, l’amélioration car l’association a pour but d’aider à l’amélioration des comportements individuels et collectifs, nos avis divergeaient sur le «être» ou le «vivre», nous avons dû consulter le dictionnaire pour trancher sur la question et la notion d’un mieux-être qui serait intrinsèque l’emporter sur le mieux vivre.     

On vous a vu dans des établissements scolaires avec votre association «Mieux-être». En quoi consistent vos actions sur le terrain ?

Note action dans les établissements scolaire consiste à les accompagner à l’amélioration durable de leur cadre de vie notamment par une meilleure gestion des déchets qu’ils produisent. C’est ainsi que nous avons pu il y a quelques années, mobiliser 44 établissements scolaires autour du Concours Ecoles Net° Ozone (CENO°) qui à travers la formation et à l’accompagnement permettait qu’un établissement « très sale » pouvait devenir au bout de trois ans l’école la plus propre.     

Quel bilan pouvez-vous faire de l’impact de «Mieux être» dans l’environnement au Cameroun ?

Le bilan est difficile à dresser car en matière d’éducation, on ne sait, ne voit et ne chiffre pas toujours l’impact d’une action menée. En plus de nos actions dans les écoles, nous avons fait des sensibilisations pendant plusieurs années lors des défilés du 11 février et du 20 mai afin que les participants jettent leurs déchets directement dans les poubelles, ces actions ont également été menées à Yaoundé à la foire Yafé et à Promote entre autres lieux. Nous avons fait plusieurs interventions dans la presse, à la radio et à la télé et édité en 2010 un recueil de « 130 gestes pour la protection de l’environnement » toujours en vente dans nos bureaux.

En tant que femme, avez-vous été confronté à des difficultés dans vos entreprises ?

En tant que femme, il n’est pas toujours admis que nous nous engagions dans des domaines extérieurs à la sphère familiale. Etant donné le grand nombre de fonctions occupés par les hommes dans notre société, les femmes sont souvent amenées à travailler avec ces hommes qui de fait, ont le pouvoir de faciliter leur tâche. S’établit alors des rapports complexes et parfois pervers. Il est souvent compliqué de savoir si l’entretien « professionnel » que vous avez a pour objet le sujet qui vous amène ou votre propre personne. Le harcèlement sexuel qui émeut les pays occidentaux aujourd’hui est une composante centrale dont les femmes africaines sont amenées à développer des stratégies pour s’en prémunir. L’analyse des situations, le désir de produire un travail de qualité et la détermination à atteindre ses objectifs finissent par jouer en votre faveur même auprès des personnes les plus sceptiques.

Vous êtes allée en France poursuivre vos études dans ce domaine. Quels sont les objectifs ?

J’ai bénéficié d’une bourse du gouvernement français pour me former en sciences de l’éducation et plus particulièrement en éducation populaire. L’idée est de développer des compétences d’actions et de recherches plus aboutis en matière d’éducation pour tout type de public et dans tous les lieux de vie. L’objectif est de pouvoir accompagner les populations dans l’adoption des comportements qui leurs sont bénéfiques. 

Récemment vous avez tenu votre assemblée générale, comment l’association «Mieux être» va-t-il désormais se déployer ?

L’association Mieux-Etre a tenu son assemblée générale refondatrice afin de reconnaitre l’apport significatif de toutes les personnes qui depuis sa création en 2004 ont participé à l’avancement de ses objectifs. Etant donné que ceux qui s’investissent dans notre société à des objectifs de bien être pour tous, sont des personnes qui sont pratiquement considérées comme allant à contre-courant d’une norme sociale valorisant l’intérêt individuel, l’association Mieux-être par cette refondation reconnait à toutes ces personnes leur apport fondamental à son existence en leur reconnaissant le statut de membre fondateur. Cette assemblée générale a également été l’occasion d’engager une démarche de cogestion des postes du bureau de l’association avec l’élection de deux co-présidents, deux co-secrétaires et deux co-trésoriers afin de faciliter la gestion collégiale de l’association.

Propos recueillis par Adeline TCHOUAKAK

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