Muller Nandou Tenkeu: «Je suis parti d’une production de 200 kg de charbon écologique à 22 tonnes par mois»

Alors qu’il était étudiant, Muller Nandou Tenkeu s’est lancé dans la fabrication du charbon écologique. Aujourd’hui, ce passionné de la protection de l’environnement réalise un chiffre d’affaires de dix millions de Francs Cfa par an

 Qu’est-ce que le charbon écologique ?

 Le charbon écologique est un charbon qui est produit à partir des déchets comme les peaux de banane, les feuilles de maïs, les déchets de papaye, de mangue... De façon générale, tous les déchets ménagers organiques.

 Doù vous est venu l’idée de fabriquer ce charbon écologique ?

 L’idée nous est venue en 2012, quand nous faisions une recherche dans l'optique de protéger la mangrove du bois de singes à Douala, dans la capitale économique du Cameroun. On s’était rendus compte que les populations coupaient les bois de mangrove pour faire le fumage des poissons et construire des habitations dans la mangrove. C’était un scandale pour nous.

C’est la raison pour laquelle on s’est demandé en tant qu’écologiste s'il ne fallait pas convertir  des déchets de maïs en charbon. C’est ainsi que nous avons fait des tests et nous nous sommes rendus rendus compte que ça fonctionnait bien, et nous avons décidé de nous implanter au cœur du problème, au bois des singes pour sensibiliser tout en proposant notre charbon comme source alternative au bois de mangrove.

 Qu’est ce qui a changé depuis cinq ans ?

 Au départ tout était manuel. On n’avait même pas de site adapté. C’était juste une petite case installée dans la boue de la mangrove. Nous avons commencé à fabriquer des outils artisanaux comme le premier compacteur. On n’avait même pas de chambre à sécher. Un an plus tard, on a commencé à avoir des petites machines qui nous permettaient de produire en grande quantité. Je suis parti de 200 kilogrammes à trois tonnes par mois.

En 2016, nous avons eu la subvention du ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation, qui nous a permis de bâtir une chaine de production semi-industrielle avec des carbonisateurs, des compacteurs, des chambres à sécher, des malaxeurs, des broyeurs. Et depuis, l’usine est vraiment devenue une unité semi- industrielle qui a une capacité de production de près de 22 tonnes par mois. Ce qui nous permet d’avoir un chiffre d’affaire de dix millions par an.

 Quel est le processus de fabrication du charbon écologique ?

Nous collectons les peaux de banane, les déchets de papayer dans les marchés. Nous les transportons jusqu’au site de production. Nous procédons au tri. Ensuite nous passons au séchage, soit au soleil, soit dans le carbonisateur. Puis, le broyage et on obtient les fines poudres que nous malaxons avec de l’eau tiède dans un malaxeur. La pâte obtenue est moulée en plusieurs formes: cylindrique et cubique. Enfin, il ne reste plus qu’à sécher.

 Quelles sont les difficultés que vous rencontrez  dans votre activité ?

 La plus grosse difficulté est la collecte, car elle demande des camions, du carburant et de la main d’œuvre. Nous avons aussi la maintenance des machines. Elles ont des moteurs et fonctionnent parfois avec les sources d’énergie comme l’électricité, et, parfois, notre propre charbon. Du coup, ça devient difficile, parce que la quantité de la production est insuffisante, vu la demande.

 Nous sommes seulement à 22 tonnes par mois, alors que si on produisait 500 tonnes, on parviendrait à couvrir les demandes sur le marché qui viennent du Tchad, du Nigeria, de l’ordre de 500 à 2000 tonnes, mais nous n’avons pas la capacité réelle pour fournir ces commandes. Et c’est un problème sérieux.

 Nous sommes en train de travailler avec des bailleurs de fonds mais, ça prend beaucoup de temps. Il faut fournir des données techniques, financières, administratives et même des données sur des garanties personnelles. Nous avons choisi de faire de l’entrepreneuriat vert et de vivre avec le charbon écologique.

 Quels sont les types de produits que vous fabriquez à base du charbon écologique?

 Le charbon est produit sous différentes formes : le charbon pour la cuisson des repas qui a la capacité de résistance plus élevée que le charbon de bois. Il est aussi moins couteux. Un kilogramme ne coute que 200 FCFA à l’heure actuelle. En dehors de ce charbon nous avons innové, en faisant les produits parallèles comme son allume feu pour faciliter l’allumage dans l’optique de mettre fin aux gommes plastiques qui produisent des gaz toxiques. Nous avons aussi produit du gommage au charbon pour les masques et soins de visages et le savon à base de charbon.

Propos recueillis par Amélie Dita

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