« Boning Foods »,  la vitrine de l’agriculture africaine en Europe

Bâtons de manioc, épices, haricots, légumes…Annie Tchoko et son compagnon vendent aux camerounais, ivoiriens, sénégalais, congolais, Burkinabés, … les produits sortis des champs africains, tout près de la Gare du Midi à Bruxelles en Belgique.

« Attiéké » de Côte d’Ivoire, « Ndolé » du Cameroun, « Guinea Fresh » de Guinée. Vous ne vous trouvez pas dans les rues d’Abidjan, Douala ou Conakry. Vous vous trouvez bel et bien au « Boning Foods », à un jet de pierre de la gare du Midi à Bruxelles, la capitale européenne. La quarantaine sonnée, Annie Tchoko vous reçoit avec un sourire dans sa boutique « alimentaire africaine ». « Au début je n’étais pas vraiment intéressée, se souvient la jeune femme, titulaire d’un master en Droits de l’homme dont le travail d’étude était basé sur la sécurité alimentaire au Cameroun. Je cherchais un travail dans l’humanitaire après mon master. Mais mon compagnon avait besoin de moi pour gérer le magasin ».

 Cette fille d’agricultrice ayant grandi dans le Moungo, à quelques kilomètres de Douala, capitale économique du Cameroun, décide alors de soutenir le père de ses quatre enfants. Ensemble, ils valorisent l’agriculture africaine en plein cœur de la capitale de l’Europe en proposant à la forte diaspora noire, les produits sortis des champs africains qu’ils font venir : bâtons de manioc, plus connus sous le nom de Bobolos, avocats, safous, haricots, arachides fraiches, épices, attiéké, gombos, patates douces, taro, macabo, ignames... Mais aussi des surgelés : feuilles de manioc conservés, Ndolè… Des boissons consommées dans les bars de Yaoundé ou Abidjan : castel, Mutzig, Tops.

Au « Boning Foods », Annie propose des produits sous plusieurs formes frais, séchés ou en poudre. « Les difficultés sont énormes car ici, il y a beaucoup de restrictions pour faire venir nos produits. Trop de contrôle phytosanitaires par conséquent certains produits sont détruits. En Afrique, le travail n’est pas souvent soigné. Les produits ne sont pas bien emballés et faits avec une certaine légèreté. Ce qui rend nos produits peu compétitifs », déplore-t-elle. En misant sur la qualité dans la vente en gros et détails, Annie et son compagnon sont alors obligés de jouer sur les prix. Comme exemple en kg: l’attiéké coûte 1, 70 euros (1115 Francs Cfa) au lieu de moins d’un euro comme à Abidjan, le Guinea Fresh (huile rouge) vaut 1650 Francs Cfa au lieu de 655, le macabo, 2,5 euros en détails et 2,20 en gros. 

« La vraie ambassade » 

Les camerounais, guinéens, ivoiriens, burkinabés, congolais… de Belgique, d’Allemagne, de France et même de Suisse viennent dans la boutique pour s’approvisionner. « J’ai fait les champs pendant mon enfance et je connais parfaitement les produits et les difficultés des paysans, précise la gérante qui vit en Belgique depuis 7 ans. Donc contrairement à beaucoup qui pensent que je m y retrouve juste parce que je n’ai pas pu trouver un bon emploi, ils se trompent. Je pense que notre agriculture a un potentiel mais a du mal à s’imposer sur le marché international ». Annie est surtout vexée que des pakistanais qui contrôlent à près de 80% les boutiques, vendent des produits africains. « Si quelqu’un demande à un pakistanais si le Ndolè est bon que va-t-il lui répondre ? », ironise-t-elle.   

Aux jeunes étudiant(e)s, célibataires ou couples africains qui souhaitent manger « africain et se plonger dans le passé », Annie propose des recettes de cuisine faciles et adaptés à leur demande. Elle souhaite d’ailleurs rédiger un livre de recettes car, « quand ils (clients) viennent chez nous, ils disent toujours qu’ici est la vraie ambassade ». Avant, la promotrice de l’association Action pour le développement de la femme rurale (Adecer) souhaite impliquer plus de femmes transformatrices dans son réseau de clients. « Certains agriculteurs me contactent sur Facebook et je contacte aussi ceux qui sont visibles, avoue-t-elle. Je pense que je contribue au développement de notre agriculture car je vends nos produits. Je fournis les efforts pour qu’elle soit transformée et bien mise en valeur ». 

Théophile Minlo

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.

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