Tchad : à N’Djamena avec les reines des légumes

Dès l’aube, de nombreuses vendeuses de la capitale du Tchad prennent d’assaut le marché central avec pour mission principale de vendre au maximum leurs choux, poivrons, tomates et autres produits agricoles.

Elles sont nombreuses à s’activer les matins sur l’allée, formant une longue ligne de plus de 100m à l’entrée sud du marché central de N’Djamena, pour vendre et acheter. Ce sont des veuves, femmes mariées, célibataires, agricultrices qui se prennent en charge ainsi que leur famille. Elles viennent des 10 arrondissements de la capitale tchadienne. D’autres des villages et localités voisins.

Khadidja Hassan, la trentaine révolue vend des légumes depuis plus de 4 ans. Après avoir cherché du travail en vain, la jeune femme n’a pas voulu être à la charge d’un tiers. A la différence de nombreux autres jeunes filles, elle a préféré « vendre que se prostituer ». « Je suis fière de ce commerce que je mène, je suis tranquille et en plus je garde la tête haute car rien ne me manque et je garde ma dignité féminine. Contrairement à mes sœurs qui trainent », lance Khadidja, sourire aux lèvres.

Comme elle, dès l’aube, de nombreuses femmes inondent le marché des légumes : choux, poivrons, aubergines, haricots verts, poireaux, tomates, légumes verts, carottes, oignons verts. La vente se fait en tas, en gros ou en détail. Les prix vont de 50 à 1250 F. Cfa. Chacune devant son étal : une table, une nappe étalée à même le sol, une boutique de fortune. Chacune essaie d’appâter en français et le plus souvent en arabe local. « zaboune, dakou bouti kèh bess, tahali chifi. Ni souba lekhi moukh kèh, tahali chifi (cher client vient voir, voici c’est moins cher. Je t’en donnerai beaucoup, viens voir) ». Des appels qui poussent les clients à s’arrêter et parfois, à les fidéliser.

Certains consommateurs, de leur maison, passent des coups de fils et sont servis. Il y a aussi des grossistes qui achètent pour revendre dans des quartiers. Parmi les clients, il y a les fournisseurs d’hôtels et de restaurants, les points de grillades, les ménages...  Zenaba Oumar vit avec son mari retraité et ses 3 enfants. L’argent issu de ses ventes lui permet d’assurer les charges de sa famille telles la scolarisation des enfants, la ration alimentaire et les frais d’entretien de la maison.

«La responsabilité familiale et l’entretien de la famille n’incombent pas seulement au mari. La femme doit l’aider à mieux l’assumer. Si non pourquoi crier égalité entre homme-femme ? La femme a sa part de responsabilité dans la famille, ce qui peut soutenir l’aspiration à l’autonomisation de la femme », dit Zenaba Oumar avec fierté.

Vente de 45 000 F par semaine

Ces femmes ont un point commun : elles aiment commercer.  Certaines ont débuté avec une grande quantité. La majorité a commencé avec un peu d’argent. Khadidja s'est lancée avec 20.000f CFA comme capital et se retrouve aujourd’hui avec un chiffre d’affaires estimé à 45.000 F. Cfa. Antoinette Mirangar  est partie avec un crédit, il y a trois ans. «  Je prenais, je vendais et tirais mes bénéfices avant de payer mon fournisseur. Et au fil du temps, j’ai pu économiser pour avoir mon capital. C’est une démarche que plusieurs d’entre nous ont adopté. Tout est question de connaissance et de contact». Ces légumes et condiments proviennent des jardins locaux, des cultures irriguées dans la capitale. Une partie provient également des provinces et de Kousseri, une ville camerounaise frontière du Tchad.

Malgré les efforts consentis au quotidien, ces vendeuses rencontrent de nombreuses difficultés avec les agents de la police municipale. « ils nous bousculent, restreignant nos espaces de vente. A cela s’ajoute les taxes qu’ils prélèvent mais d’une manière exorbitante et exagérée », se plaint Denemadji Pulchérie. Conserver ces aliments est très difficile car il manque des chambres froides. Parfois, les clients se font rares et les légumes se fanent.  « Nous tentons du mieux que nous pouvons pour nous en sortir, ce qui fait que nous achetons en petite quantité pour vendre ».

Archange Marabeye à  N’Djamena

Agriconseil du mois

Quand vous voulez vous lancer dans l'agriculture, si vous le voulez vraiment, lancez-vous. De nombreuses personnes vont tenter de vous décourager. Foncez en cherchant toujours à apprendre sans avoir peur d'échouer. Faites de l'agriculture votre métier et vous ne manquerez jamais de rien», Carine Poupoum, 33 ans, jeune agricultrice à l'Est du Cameroun. Elle épargne 500 000 F. Cfa par an grâce à la terre.

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